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21/03/2008

Apès la Guerre

Après la Guerre.

Dans la matinée du 11 Novembre 1918, Maurice RENOUX prend position avec son régiment aux alentours de METZ en vue d’une offensive devant avoir lieu le 12. Les troupes ont commencé leur déploiement au plus près du front, lorsqu’un ordre annule l’opération. A quel niveau hiérarchique cette décision a-t-elle été prise ? Était-ce pour ne pas prendre le risque de perdre de nouvelles vies humaines inutilement ? A 11 heures le clairon sonna le cessez le feu. Quatre années de guerre s’achevaient et les survivants allaient essayer de reprendre une vie dite « normale ».

« La Grand-mère», Félicie, décédera en 1928, peu après la « Tante »Elisa disparue en 1926, elles avaient vécu jusqu’à leur disparition chez Antoine et Louise RENOUX. Elles furent inhumées au cimetière de CUNLHAT dans le Puy de Dôme. Antoine, le « père la pipe » les rejoignit le 30 Septembre 1930 après avoir cassé la sienne.

Louise alla vivre chez son dernier fils Maurice, son caractère déjà très aigri ne s’arrangeât pas avec l’âge, elle se mit à écrire des phrases plus ou moins délirantes teintées de morale ou de patriotisme, dans des livres et dictionnaires ainsi que sur les lettres de JEAN qu’elle avait conservées. Elle n’admettait pas sa mort reprochant à Félix, « le fils indigne » de n’avoir pas été tué à la place de son cadet. Elle décédera le 30 Août 1938 à LONGPONT dans l’AISNE.

L’oncle François RENOUX, frère d’Antoine, exploitait avec son épouse Antoinette, un café restaurant “A la Comète”, rue d’ASSAS à CLERMONT-FERRAND, à deux pas de la place de JAUDE. D’autre part, il travaillait à la banque de FRANCE comme encaisseur, principalement les jours d’échéances et, en conséquence, il était très connu des commerçants et industriels de la place de CLERMONT-FERRAND. Cela lui avait permis de rendre de nombreux services à son frère, entre autre en lui trouvant du travail, ainsi d’ailleurs qu’à Maurice. Je ne sais rien de plus sur François, qu’est-il devenu après la guerre ? À quelques pas de la rue d’ASSAS à CLERMONT-FERRAND, il y a une rue et une place Hippolyte RENOUX, est-ce un parent ? La Comète accueille en son emplacement une banque, mais coïncidence, il existe toujours un restaurant portant ce nom dans la ville.

Emile vécu à CHATEAU-THIERRY, je pense qu’il a du y mourir dans le courant des années 60.

Le destin de Félix et Maurice fut très étroitement lié, pourtant, tout semblait opposer l’aîné, personnage roublard, coureur de jupons, flambeur, politiquement de droite, et son benjamin, homme droit, francs, honnête, dévoué, militant de gauche.
Maurice n’avait pas du tout le même caractère que son aîné, il brûlait d’impatience de rejoindre ses frères sur le front. De retour à CLERMONT FERRAND après la mobilisation, il s’inscrivit aussitôt dans une association “Les FRANCS ARVENNES”, société sportive et de préparation militaire. Le 4 Mai 1915, il s’engageât pour la durée de la guerre, et fut versé au 26ème Bataillon de Chasseurs à Pied, il connut les tranchées de l’Artois où il eut un pied gelé, puis jeune caporal, il se porta volontaire pour renforcer la 6ème brigade alpine sur la Somme, il intégra le 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, l’un des plus prestigieux à l’époque et qui le demeure encore aujourd’hui.
Il participa à la dernière grande attaque de l’armée française le 5 Novembre 1916, au bois de Saint Pierre Vaast, tentative de la dernière chance pour briser « les portes de fer » et de transformer la bataille en véritable victoire.
3000 soldats de la 6ème brigade alpine montèrent à l’assaut ce jour-là, une erreur de « timing » fit tourner le combat en carnage, plus de 1500 soldats périrent ce jour là. Maurice en fit le récit dans ses mémoires.
« Nous fûmes passés en revue par le colonel MESSING, ancien ministre de la guerre, qui commandait la 6eme Brigade de Chasseurs Alpins composée des 6ème, 27ème, 28ème B .C .A et considérée comme une troupe d’élite (qui venait de se distinguer le 4 et le 12 Septembre 1916 en enlevant BOUCHAVESNES). Je revois dans mon esprit le Colonel, à cheval, au milieu des trois bataillons formés en carré et nous criant “Chasseurs, vous allez avoir l’honneur de retourner dans la SOMME. Je compte sur vous tous pour que vous ne vous ne vous contentiez pas de faire que des prisonniers. C’est une guerre à tuer. Il faudra rapporter du sang dans vos bidons !”. Nous n’étions pas dupes et faisions la part de l’exagération. Nos jeunes officiers et aspirants, malgré le “garde à vous” impeccable risquèrent un bref coup d’œil qui en disait long.

J’ai eu peu après, la rare occasion de me trouver à proximité de la pièce de son P. C (du colonel), d’où il téléphonait à un officier qui était en première ligne : ”Commandant, il faut absolument que les parallèles de départ soient creusées cette nuit. Tant pis, on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs etc. etc..”.

J’avais été désigné par mon lieutenant pour aller au devant de la compagnie qui devait nous relever. Ayant rempli ma mission, je revins au “Ravin de l’Aiguille” où se trouvait le P. C ci dessus, j’entendais le bombardement sur les premières lignes et je me disais : ”Pauvres gars qui reçoivent cela”.

Le 4 Novembre 1916, nous prîmes position dans la nuit, nous devions attaquer le 5 à 6Hoo du matin. J’avais pour mission avec mes grenadiers de “nettoyer” les abris derrière la 1ère vague. Il nous avait été distribué six grenades quadrillées à chacun.

Au cours de la nuit, un contre ordre arriva, reportant l’attaque à 11H3O . Nous attendîmes sous l’avalanche qui déferlait sur nos têtes ; je revois la terre voler de tous les cotés et j ‘avais l’impression que nous serions cloués sur place dès que nous sortirions des tranchées. J’étais au coté du lieutenant et à 11H10 il me cria : ”pousse-moi au cul que je sorte”, ce que je fis. Je n’avais personne, moi, pour m’aider et je pris ainsi un retard d’une vingtaine de mètres. Je fus tout étonné d’être vivant et je courus droit devant moi, si bien que je fus arrêté par un tronçon de réseau “Brun”, sorte de boudin en fil de fer d’un mètre de diamètre que l’on déroule très rapidement devant une tranchée ; je ne cherchais même pas s’il y avait une brèche à proximité, je me couchais dessus et l’ayant écrasé, je pus me dégager et continuer à courir, je vis bien des cadavres, mais j’étais tellement crispé que je ne regardais que devant moi.. J’aperçus, tout à coup, un énorme trou d’obus contenant une bonne partie de ma section (dont mon escouade à peu près au complet). Ils étaient en train de creuser la paroi du trou pour se protéger, en attendant peut-être mieux ( ?). Mon premier mouvement fut de me placer en position de tir, mais les gars me tirèrent pour que je sois aussi à l’abri. Ils paraissaient stupéfaits de la défense allemande. Un caporal de notre section spéciale répétait continuellement “Pour un bec de gaz, c’est un bec de gaz”. Cela dura des heures, je vis soudains deux sergents se lever et sortir du trou dans la direction des “boches” Qu’avaient-ils vu ? Je m’approchais du bord, je passais le buste : je ne vis rien ! Je recevais un choc formidable à l’épaule gauche (comme un coup de masse). Je croyais avoir le bras arraché et instinctivement ma main droite se porta sur mon bras gauche qui était toujours en place. Je m’attendais à m’évanouir me connaissant très sujet à cela, mais non. Je ne pensais qu’à me libérer de mon harnachement dont je n’avais plus besoin et les copains me crièrent “Fous le camps car on ne pourra pas t’amener, tu n’as qu’a sauter de trou en trou pour te protéger”.

C’est ce que je fis et j’arrivais ainsi à une tranchée, je m’y laissais choir ! Mon lieutenant était justement à proximité et me demanda à quel endroit j’avais été touché. Il me dit que le poste de secours n’était pas très loin dans le boyau, j’avais à peine fait une cinquantaine de mètres dans le boyau que deux mitrailleurs du 6ème B. C .A, sortant d’un abri, me proposèrent de faire mon pansement. Après avoir découpé la manche de ma capote, ils me mirent le torse à nu et tentèrent de me faire un pansement avec le paquet individuel, mais cela ne tenait pas et je me remis à marcher dans la direction du poste de secours. J’entendis alors des brancardiers crier : “Tous les blessés qui peuvent marcher ont intérêt de descendre au poste de secours, ils gagnent du temps, car nous ne sommes pas assez nombreux”. C’est ce que je fis, je m’arrêtais souvent pour reprendre des forces qui commençaient à m’abandonner. Ce boyau me paraissait long ! J’étais obligé de piétiner les morts. Mon moral n’était pas brillant. Un détachement me croisa et j’implorais les gars pour qu’ils me conduisent au poste de secours, ils me répondirent qu’ils allaient en ligne creuser des parallèles de départ et qu’ils ne pouvaient pas.

Quand le dernier passa, je m’accrochais désespérément à son équipement en lui demandant de me conduire au poste de secours. Il me dit “attends-moi là, je vais prévenir les brancardiers, le poste est tout près”. Il repassa peu après suivi des brancardiers qui m’emmenèrent et me firent descendre dans la cave servant de poste de secours. Le Docteur me fit une injection antitétanique et me fit un pansement normal. En remplissant ma fiche d’évacuation et voyant mon écusson : 27, il s’écriât “Mais pourquoi es-tu venu te faire soigner ici, c’est le poste du 28ème B. C. A “. Je lui dis que je m’étais trompé mais que du fait qu’il soignait les prisonniers allemands, il pouvait bien en faire autant pour moi.

Un peu plus tard je fus emmené par quatre brancardiers au poste de secours de la brigade. Une fois sorties du boyau, ils marchèrent à découvert, ce qui était éprouvant pour moi. Enfin ! , Ils arrivèrent et me déposèrent sous une grande tente, où un infirmier vint me voir pour examiner ma fiche et mon pansement, il me dit “Ta blessure est très grave, il ne faudra pas remuer, ni chercher à boire, si tu le veux, je vais écrire à tes parents, dicte-moi l’adresse”. Il me relut et fit partir la lettre, qui est bien arrivée et que j’ai classé avec toute la correspondance de cette période (correspondance que Pierre 1 conserve)


Lettre écrite par un infirmier sous la dictée de Maurice à d’adresse de ses parents qu’il tente de rassurer en leur cachant la gravité de sa blessure.

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Enfin une auto ambulance arriva et mon brancard fut glissé après d’autres brancards et nous partîmes par une route défoncée et cahotante pour arriver enfin à l’hôpital d’évacuation, situé près de la ligne de chemin de fer. Je dormis un bon moment en attendant d’être transporté à la salle d’opération où les infirmiers m’installèrent sur la table en disant : “Le chirurgien va venir, ne remues pas”. Cette recommandation était superflue, j’étais tellement épuisé, tant par ma blessure que par la fatigue, que je me suis retrouvé vers dix heures du matin dans un grand baraquement contenant une centaine de lits. Un peu plus tard, le Major vint voir les opérés. Il me demanda quelques renseignements et me dit que je partirai avec le premier train sanitaire.

Fiche sanitaire de Maurice RENOUX
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La nuit arriva et, avec elle, les avions de bombardement attirés par cette immense gare de triage où se trouvaient également des trains de munitions ; toute la nuit ce fut un fracas épouvantable, causé par la DCA, par les bombes et surtout par le crépitement ininterrompu des munitions des trains touchés par les bombes. Pensez à ce que pouvait être notre moral ? Après avoir échappés à la mort, heureux d’être encore vivants mais craignant qu’au moment de partir notre train ne soit touché et nous avec.

Enfin, nous fûmes placés dans des wagons spéciaux, et ceux qui étaient de la Région Parisienne furent assemblés dans les mêmes wagons. Dans la journée, nous arrivâmes dans une gare et chargés dans des ambulances pour être conduits (pour mon cas), à l’Hôpital Militaire BEGIN à VINCENNES. Je pus donc prévenir mes parents et amis. Quelques jours après, le médecin chef me fit enlever les deux drains que j’avais dans l’épaule, ce qui paraissait indiquer une amélioration.

Peu de temps après, ayant appris que je pouvais demander mon transport dans un autre hôpital, je fis ma demande pour aller à l’hôpital auxiliaire situé à l’Hôtel LUTECIA, près du magasin du “Bon Marché” (où mon père était revenu travailler en 1915).

Dans les courriers de Jean, il est fait allusion à mots couverts et à deux ou trois reprises à la situation de Félix qui était quant à lui un sacré personnage, celui par qui le scandale arrive encore et toujours, l’objet du « secret de la famille dont on ne parlait pas devant les enfants ».
C’était plus qu’un secret, c’était une multitude de secrets dus aux turpitudes de l’Oncle.
Le premier d’entre eux, c’était l’existence d’un enfant « caché » qu’il aurait eu avant son mariage et qu’il avait cependant reconnu. S’il n’épousât pas la mère de son fils Jacques, il continua cependant de la voir et d’entretenir avec elle une liaison, dont seule la Tante Marcelle, son épouse, n’était pas informée ou feignait de ne pas l’être.

Bien entendu les ardeurs amoureuses du Tonton ne se limitaient pas à une seule maîtresse mais à un certain nombre, ce qui lui revenait très cher. Il mangeât, comme on dit la boutique, en l’occurrence le salon de coiffure de son beau-père, et après avoir mené « grande vie » il se retrouva, toujours flanqué de la Tante qui ne voyait toujours pas plus loin que le bout de son nez, dans une loge de concierge d’usine à coté de CLERMONT de l’OISE, logement et emploi que son frère Maurice lui avait obtenu grâce à ses relations. Il continuait à faire quelques coupes de cheveux dans sa minuscule loge, pour arrondir les fins de mois.

L’oncle Félix pourtant, avait lui aussi tout pour réussir, il avait été sous officier de réserve dans la cavalerie avant la guerre de quatorze, ce qui n’était pas rien, et l’auréolait d’un certain prestige dans la bonne société, en en particulier auprès des dames. Félix une fois revenu à la vie civile, était devenu, comme c’était la tradition dans la famille, employé de commerce, mais il se montrât quelque peu « indélicat » avec la trésorerie de son patron, ce qui lui valut un court séjour derrière les barreaux. À sa sortie, il pensait avoir payer sa dette, mais l’armée, à l’époque était très soucieuse de l’honorabilité de ses sous officiers de réserve, il n’était point concevable qu’un repris de justice puisse porter des galons et servir dans une arme prestigieuse. Il fut donc dégradé et affecté dans un régiment d’infanterie de réserve connu pour y accueillir au sein de certaines de ses compagnies d’anciens taulards ayant par ailleurs accomplis leur peine.

Ce n’était certes pas les bataillons disciplinaires, cependant, il va de soi que les « gens honnêtes » ne voyaient pas d’un mauvais œil le fait que l’armée utilise en premier des anciens détenus comme chair à canon. Sitôt sortis d’une « boucherie », ces soldats repartaient en subir une autre. C’est à ce prix qu’ils devaient racheter leurs fautes.

Un matin, Félix et une grande partie de son régiment eurent la surprise, en sortant de leurs casemates, de découvrir qu’ils étaient prisonniers, les allemands ayant occupé dans la nuit les positions qu’ils étaient censées défendre.

Les militaires allemands, plus intelligents que leurs homologues français comprirent très vite que « ceux-là » ne chercheraient surtout pas à s’évader, peu désireux de retourner au front après leur cavale. C’est comme cela que mon oncle et ses compagnons trouvèrent des « planques » en travaillant dans les fermes ou des usines allemandes près de la frontière autrichienne, ce qui était grandement préférable aux camps de prisonniers.

Mais revenons à l’Histoire avec un grand « H » Le 2 novembre 1918 l’empereur d’Autriche abdique, le 3 le nouveau gouvernement autrichien capitule sans condition, se réservant juste le droit de protester si les troupes alliées pénètrent, comme elles en avaient l’intention, sur son territoire pour attaquer l’Allemagne. Et c’est le 4 que Félix, comprenant que la fin de la guerre était proche, décida de s’évader, avec la complicité de femmes allemandes (ces camarades pouvaient compter sur ses talents de séducteur) franchissant la frontière toute proche en s’octroyant le droit de passage en Autriche que ce pays venait implicitement de reconnaître aux alliés. Est-ce aussi un pur hasard s’il ne revint en France qu’après l’armistice du 11 ? Ce qui est sûr c’est qu’il a pu se targuer du statut de prisonnier de guerre évadé.
Le 18 il arrive enfin à Paris, où il retrouve son jeune frère qui vient d’avoir une permission, c’est ce dernier qui va lui faire connaître le jour même Marcelle sa future épouse. Maurice racontera cet épisode de leurs vies ainsi :

« Il me faut revenir en arrière, à l’époque où j’étais en traitement à PARIS . Mon frère Félix avait été fait prisonnier avec tout son bataillon à VAUQUIES en ARGONNE, en 19l5, il fut interné à ZINCROU, près de la frontière autrichienne. Il travaillait dans une usine de pâte à papier. Beaucoup plus tard, dans l’été très probablement, je reçus une lettre de lui, dans laquelle il me disait qu’il venait de recevoir tout un lot de sous-vêtements et de chemises par l’intermédiaire d’un copain dont les parents étaient propriétaires du “café du cadran” à COLOMBES. Ce dernier, qui était déjà pourvu, donna le colis à mon frère. Mon frère me demandait d’aller remercier les donateurs du colis : c’était les propriétaires du salon de coiffure (M. et Mme HENAULT et leurs deux filles ; Andrée et Marcelle). Le salon de coiffure se trouvait en face du “café du cadran”. Je partis donc par le train pour COLOMBES et je me présentai de la part de mon frère. Je fus très bien reçu et l’on me fit monter à l’appartement pour pouvoir causer plus facilement.

Je vis donc mes futurs beaux-parents (qui furent aussi les beaux-parents de Félix). Je vis aussi leur fille Marcelle, et une “petite poupée Lucette” qui jouait sur les genoux de son grand-père maternel. On m’expliqua que son père (Mr. Julien TOUX) avait été tué le 4 Mai 1915 ; Coïncidence, je m’étais engagé ce jour-là .

Les vêtements envoyés étaient les siens, sa veuve Andrée (mère de Lucette) ayant voulu en faire profiter des soldats prisonniers. On m’invita à revenir un dimanche afin de voir toute la famille. J’ai donc vu, pour la première fois Celle qui devait devenir ma femme, mais j’étais loin de me douter de cela. Mon frère Félix avait de son coté envoyé une lettre de remerciements tellement bien troussée que Marcelle s’écria aussitôt “Je l’adopte comme filleul”.

De mon coté, je m’étais présenté en tenue militaire (et pour cause), vareuse bleu foncé, culotte et bandes molletières, grand béret, cape bleu horizon, avec mon bras en écharpe (blessure de Novembre 1916), et ma figure de gamin, (du fait que cela se passait en 1917, j’avais vingt ans), j’ai su plus tard par “Dédée” que j’avais fait “mon petit effet”.
J’eus probablement l’occasion de retourner à COLOMBES (mais je ne m’en souviens pas).

Peu après l’Armistice du 11 Novembre 1918, j’appris que mon frère Félix s’était évadé le 4 Novembre avec cinq copains et la complicité de femmes allemandes dont certaines se marièrent plus tard avec des français. Me trouvant en permission à PARIS, je reçus un télégramme destiné à mon père. Comme il avait été expédié de LYON, je fis le rapprochement, je l’ouvris et j’appris que mon frère Félix été bien arrivé à LYON. Aussitôt je me rendis “Au Bon Marché” où travaillait mon père pour l’avertir. Pendant que je lui parlais, j’aperçus Félix qui arrivait. Il vint près de nous (et les collègues de mon père s’attroupèrent autour de nous). Félix raconta brièvement son Odyssée.

Dès qu’il fut restauré, rue RAMEAU, il fit sa toilette à fond, et nous allâmes à COLOMBES. C’était le 18 Novembre 1918, Andrée se trouvait chez ses parents. Elle nous invita à venir dîner chez elle, un soir avec sa sœur. Nous fûmes particulièrement bien traités, Dédée avait encore des bouteilles de VOSNE- ROMANEE (BOURGOGNE).
L’ambiance fut excellente et explosive ! A la fin du repas, Dédée avait déjà pris une température très élevée. Elle voulait nous faire oublier la guerre en buvant, elle se prit au jeu. A cette époque, je tenais le coup, j’avais vingt et un ans, nous dûmes la coucher et placer une cuvette à coté d’elle. Je ris encore en écrivant cela, Pauvre Dédée ! ……

Je rejoignis mon unité, le 271ème Régiment d’Artillerie de Campagne qui fut envoyé en ALLEMAGNE jusqu’au mois de Juin 1919, avant d’être dissout pour reconstituer le 53ème RACP à CLERMONT-FERRAND. J’étais favorisé par le hasard, malgré les blessures qui laissèrent des séquelles impressionnantes.

A CLERMONT-FERRAND, j’étais heureux car je pouvais voir mes parents tous les jours.

Je fus démobilisé le 13 Septembre 1919, au fort de CHARENTON près de PARIS, où j ‘avais été transféré en raison de mon ancien domicile »

Peu avant, le 31 Mars de cette année 1919, Félix avait épousé Marcelle, deux ans plus tard, le 15 Février 1921, Maurice devenait le beau frère de son propre frère en épousant Andrée Hénault. C’est ainsi que bien que tout les opposât, les deux couples restèrent très unis, leurs enfants se considérant comme frères et sœurs, ce qui était d’ailleurs vrai sur le plan sanguin.

Maurice trouva du travail dans une banque, tenta en suite une expérience malheureuse dans le commerce puis avec un tout peu plus de chance s’essaya dans la restauration avant d’entrer dans la fonction public et l’administration fiscale.

Il prit des cours réservés aux sous officiers de réserve, et c’est avec le grade de sergent chef des services auxiliaires qu’il fut mobilisé en 1938 pendant l’affaire de Munich. Le 23 Août 1939 il est de nouveau mobilisé, pour peu de temps car une loi libère des obligations militaires les pères de quatre enfants et plus.

Tout laissait supposer qu’il en avait fini avec l’armée, c’était sans compté sur son engagement patriotique. Après avoir vécu l’exode de 1940 où toute la famille fut dispersée au quatre coins de la France, il revint, une fois l’armistice signé à LONGPONT dans l’Aisne où il résidait. Sa première tache fut d’aller récupérer dans les bois les équipements militaires abandonnés par l’armée française en débâcle que les allemands n’avaient pas encore eu de temps de ramasser en raison de la rapidité de leur progression.

La résistance à l’occupant n’était pas une chose nouvelle, déjà en 1870, et pendant la guerre de 1914-1918 des civils français qui se trouvaient derrière les lignes allemandes avaient, au péril de leur vie livré des renseignements à l’armée française et s’étaient livré à des actes de sabotage.

Le soissonnais n’était pas un terrain favorable à l’action des maquis, mais la résistance armée se préparait en secret à la bataille de la libération, peu après le débarquement du 6 juin 1944, elle passa à l’action. Maurice dirigeait l’un de ces groupes de combat. Lorsque la jonction fut faite avec les Forces de la France Libre et les Américains, il s’engageât de nouveau pour la durée de la guerre avec le grade de lieutenant faisant office de commandant de compagnie (capitaine).Il eut cette particularité rarissime d’avoir ses deux fils sous ses ordres, leurs engagements les conduisirent d’abord dans les Ardennes avant de participer au siège de la poche de Saint NAZAIRE, dernière portion du territoire français métropolitain à être libérée puisque les troupes allemandes qui s’y trouvaient ne déposèrent les armes que le 8 Mai 1945 quand l’Allemagne nazie capitulât.
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Le lieutenant Maurice RENOUX et ses deux fils, Pierre à gauche et Claude à droite, sous officiers dans la même unité.

De nouveau démobilisé en tant que lieutenant de réserve il fut décoré de la légion d’honneur à titre militaire.

Il reprit sa vie de contrôleur des contributions indirectes, jusqu’à sa retraite en Octobre 1960. Malheureusement Andrée, son épouse, décéda un mois plus tard, il partit s’installer à VILLIERS, un petit village de l’Indre, dans une maisonnette qui lui venait d’une tante de sa femme. Son sens de l’organisation ne tarda pas à le faire remarquer aux yeux des gens du village, il devint conseiller municipal puis Maire avant de démissionner pour raison de santé au environ de 1975, il vint alors s’installer dans une maison de retraite de l’Ardèche près de ses deux fils. Dernier survivant de la famille ayant participé à la guerre de 1914- 1948, (Félix étant mort au début des années 70) il disparut à son tour le 19 Juin 1983 à l’age de 86 ans, il repose désormais à VILLIERS auprès de son épouse.