Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

21/03/2008

Les Premières lettres Août et Septembre

Verdun le 6 Août 1914

Chers Parents

Je crois que mes prévisions étaient justes. Je suis pardi Dimanche matin à 9 heures après avoir dit au revoir à Emile et tous les amis de Paris. Je suis arrivé à Verdun le lendemain à 2 h ½ du matin après un voyage de 14 heures. Ici j’ai retrouvé tous mes anciens copains et nous étions heureux de trouver des figures de connaissance. Je suis parti de Paris sans papier à lettre de sorte que je ne pouvais pas vous donner de détails. Maurice vous a peut-^être donné de mes nouvelles je lui ai envoyé une carte sans lui mettre mon adresse. De même pour vous je ne peux pas vous donner d’adresse. Je suis resté lundi et mardi au fort de Lachaume qu’était pris par des artilleurs nous avons couché dans les gaines du fort sur le carreau pendant deux nuits, nous étions pas trop mal nourris, il ne faut pas être trop difficiles. Hier réveil à 3 heures pour partir à 6 heures ½ du soir pour revenir sur Verdun pour coucher à la belle étoile, nous avons juste eu du pain, jamais je n’ai eu aussi froid de ma vie. Malgré tout cela le moral est bon, la seule chose qui nous ennuie c’est que nous n’avons aucune nouvelle. On a tué ce matin à la gare un espion allemand et lundi matin 150 uhlans sont arrivés encerclés par des chasseurs à pied. Les hommes sont à Verdun et les chevaux sont partis à Châlons Nous devons partir demain ou après demain plus en avant de la frontière, l’ennui nous prend à rester inactifs. Les officiers sont très bons pour nous et partagent notre sort. J’espère pour vous que la santé est bonne. Le coup a du être dur pour Maman. Avez-vous eu des nouvelles de Félix, il a du partir aussi mais où ? Nous voyons passer des trains venant de Paris, il en passe toutes les 10 minutes, ce sont des troupes du centre. On m’a dit que le 13ème Corps arrivait à Verdun. On dit aussi que le général d’Amade est renté dans Mulhouse avec deux corps d’armée, je ne crois pas qu’il y ait eu d’action décisive encore. Que d’hommes à cette frontière on ne peut imaginer un tel tableau, les hommes, les bêtes pas ou peu d’habitants, c’est tout ce que l’on voit. J’ai pris mon vélo et attend d’être embauché . Je me demande chers parents de vous tranquilliser à mon sujet, si vous n’avez pas souvent de nouvelles c’est que le temps manque et plus nous avancerons moins souvent je pourrais faire de lettre. Maurice arrivera probablement ces jours ci auprès de vous.
Emile est peut-être par ici, mais nous ne pouvons pas bouger, plus de vin seules les vaches qui doivent être abattues nous donnent du lait.
Je vous quitte chers parents en vous embrassant affectueusement et en vous disant au Revoir.
Pour l’instant je suis au 165ème Régiment d’Infanterie Compagnie Hors cadre à Verdun mais demain je serais peut-être autre part.
Bons baisers à tous.



Verdun le 17 Août 1914


Chers parents.

Je vous écris sans savoir si cette lettre vous arrivera. Je vous ai déjà écrit deux fois mais je n’ai pas de réponse. Maurice ne m’a pas répondu non plus. Je pense que le service postal est seul cause de ce retard.
Tout d’abord tranquillisez vous sur mon compte, nous sommes en réserve à Verdun et ne partirons que si nos troupes pénètrent en Allemagne.
Nos journées sont occupées à faire des tranchées et des abattis. Nous partons au travail à 4h ½ du matin et revenons le soir à 6 heures. Les lignes qui sont devant nous ont eues quelques escarmouches et ont résisté brillamment. Je suis allé plusieurs fois à Verdun, j’ai vu arriver deux trains de blessés, spectacle vraiment triste, après un train de prisonniers Allemands est passé et de la gare nous les avons conduits à la citadelle pour les réexpédier sur Poitiers. Nous n’avons que très rarement des nouvelles, mais ce matin on nous a prévenu que le choc entre armées devait se produire aujourd’hui probablement, nous devons nous tenir prêts à partir et nous attendons le moment avec impatience.
Comment vivez vous à Chamalières, donnez moi des détails ; avez vous des nouvelles d’Emile et de Félix . J’ai reçu des nouvelles de Paris, mais pas de Maurice.
Nous avons vu passer toute la semaine dernière des trains complets de troupes de toutes sortes. Hier nous avons croisé des chasseurs d’Afrique qui allaient cantonner derrière nous.
Depuis deux jours il pleut, nous sommes trempés et les nuits ne sont pas chaudes à rester avec des effets mouillés. Nous sommes assez bien nourris quand la viande est fraîche, mais bien souvent elle vient de loin et est tournée quand elle arrive.
Malgré cela je vais très bien, j’ai pu avoir q. q médicaments à Verdun au cas où je serai malade. Ici il n’y plus de civil, les maisons sont occupées par la troupe et naturellement tout est visité depuis la cave jusqu’au grenier.
Nous avons de bons officiers qui vivent comme nous forcément. Les lettres arrivent avec un retard de huit jours, c’est justement pour cela qu’il ne faut pas vous faire de mauvais sang si vous ne recevez pas de nouvelles de l’un de nous.
J’espère que vos santés sont bonnes, embrassez pour moi l’oncle et la tante. Qu’est devenue Marie -Louise avec son mari ? Donnez moi tous les détails que vous pourrez avoir.
Je vous quitte chers ^parents en vous embrassant bien affectueusement.
Votre fils qui vous aime.

Adresse exacte
165ème Régiment d’Infanterie 8ème Cie
Verdun
Meuse.


31 Août 1914

Chers parents

J’ai reçu en cours de route la carte de papa. J’ai fais un mot à Mr Drault, mais je suis étonné qu’il n’ait pas reçu une lettre de moi.
Nous avons eu le baptême du feu le 25 Août. J’ai pensé que c’était le jour de la Sainte Louise et quoique en retard, j’en profite pour présenter mes meilleurs vœux à Maman. Un peu fatigué, mais malgré cela tout marche bien. Je marche à pied et depuis mon départ mon vélo est garé chez Mr Delacotte rue Neuve à Verdun.
S’il m’arrivait quelque chose réclamez-le à cette adresse. Maurice en connaît le signalement et une fiche est attachée au guidon avec mon nom et mon adresse. Dans votre prochaine carte donnez moi des nouvelles d’Emile et de Félix.
Bons baisers à tous et toutes
Votre fils affectueux.


4 Septembre 1914

Chers parents.

Suis rentré ce matin étant parti depuis le 25 Août. La santé est très bonne, j’espère qu’il en est de même pour vous. J’ai laissé pas mal de kilos sur la route mais ne m’en porte pas plus mal. J’ai eu des nouvelles d’Emile. Paulette m’écrit qu’il est parti depuis mardi. Avez-vous reçue ma dernière lettre dans laquelle je donnais à Maurice l’adresse où j’avais garé mon vélo, la voici : Mons. Delacotte rue Neuve. Verdun. J’ai laissé une fiche après le guidon et Maurice connaît le signalement du cheval. Au cas où je passerai l’arme à gauche vous n’auriez qu’à faire le nécessaire pour l’avoir.
Affectueux baisers à tous et à toutes.

Lettres rédigées après sa blessure


Mercredi 23 Septembre 1914

Chers parents.


Voilà déjà 14 jours que je suis ici, j’espère que vous avez eues mes deux cartes vous donnant de mes nouvelles. Je n’ai encore reçu aucune lettre depuis que je suis là.
La plaie du coté se referme peu à peu, j’ai toujours mal dans le bas ventre, ce sont des élancements quand je me remue, ça ne doit pas être grand-chose, le major ne me donne rien pour cela. Je pense que vous êtes en bonne santé. Le temps me parait bien long, les nuits ne passent pas vite quand on ne dort pas. Nous sommes dans la chambre 24 blessés, il y en a qui crient la nuit, on est réveillé et pour se rendormir c’est bien difficile.
Nous avons quelques nouvelles par les prêtres qui viennent nous voir de temps en temps. Ça marche assez bien et j’ai bon espoir pour le résultat.
Avez-vous des nouvelles d’Emile ? J’ai eu une lettre de lui il y a déjà longtemps, je serais content si je pouvais en avoir de tous.
Que font Papa et Maurice ? Donnez moi des détails, un journal cela me fera passer le temps.
Embrassez Grand-mère et ma tante pour moi, n’oubliez pas l’oncle et la tante Comète, enfin tous les parents.
Je vous quitte chers parents en vous envoyant mes plus affectueux baisers.
Votre fils qui vous aime.

Hôpital militaire N°3-Verdun
165ème 8ème Cie.


Dimanche 4 Octobre 1914

Chère Maman

J’espère que cette lettre te rassurera un peu sur l’état de la santé. Depuis hier on me permet de prendre de la purée soit de riz, soit de pommes de terre très légère, toujours du lait comme boisson.

Le moral est remonté aussi, je reçois des nouvelles d’un peu partout à l’instant on vient de me remettre une carte du 29 de Maurice, il est bien gentil de m’écrire, qu’il le fasse le plus souvent qu’il pourra.

Monsieur Drault m’écrit aussi en me disant que si je peux être envoyé à Paris en convalescence, il me prendra chez lui à ses frais pour me soigner. Je vais lui écrire pour le remercier mais si je peux avoir une convalescence ce sera pour aller vous voir.

A ce point de vue il serait bon que vous m’envoyiez un certificat signé du maire disant que vous pouvez me recevoir pour la durée de ma convalescence.
Je vais tout de même montrer au major la carte de Mr Drault si toutefois j’avais l’autorisation d’y aller je ne refuserais pas. C’est encore une preuve d’affection de la part de Mr Drault.

J’espère ma chère Maman que ma lettre te trouvera en bonne santé. Je te recommande de ne pas te faire de mauvais sang à mon sujet, tu n’as qu’à penser qu’un jour je vais te surprendre pour rester auprès de toi quelques jours. Je n’ai pas reçu de réponse à une lettre adressée à ma marraine.
Je te quitte ma chère Maman en te priant d’embrasser toute la maisonnée pour moi. Fais moi une longue lettre sitôt que tu le pourras, cela me fera plaisir.

En attendant le plaisir d’avoir des nouvelles de vous, je t’envoie ma petite mère mes plus affectueux baisers.

Ton fils qui pense à vous.



Ecrivez moi comme suit.
J. RENOUX Hôpital N°3
Verdun

Hospitalisation à Marseille

Marseille le 8 Octobre 1914


Chers parents.

Je suis arrivé après un petit voyage de 60 heures pendant lesquelles j’ai été pas mal secoué. Je suis à l’Hôtel Dieu et ma foi j’y suis très bien, il n’y a pas de comparaison à faire avec l’hôpital de Verdun. Ici il y a du personnel nombreux, les lits sont doux et il y a du soleil. J’ai toujours mal au ventre mais j’espère qu’étant mieux soigné j’en aurai pas pour longtemps et irai retrouver les camarades.
Nous sommes ici dans une salle immense et tenons à 36. Les infirmiers et dames de la Croix Rouge sont très serviables et nous soignent très bien.
Jamais je n’aurai pensé venir échouer ici. Un moment donné après Lyon il était question que nous devions aller à Nîmes. J’avais pensé déjà à vous faire prévenir pour être au passage à Clermont.
Partout sur le passage du train nous avons été gavés de toutes sortes. Nous emmenions avec nous des prisonniers allemands et un wagon de blessés. Je ne sais pas à quel régime on va me mettre, la visite n’est pas encore passée. Je vous écris après avoir pris mon café avec un petit pain.
Vous voyez chers parents que je ne suis pas à plaindre. Donnez moi souvent de vos nouvelles c’est tout ce que je demande pourvu qu’elles soient bonnes.
Je vais écrire à Monsieur Drault pour le remercier de son invitation et lui donner ma nouvelle adresse.
J’ai des camarades de ma compagnie qui sont venus me voir le jour où je suis parti, j’ai au moins 50 lettres à la Cie mais on ne me les a pas envoyées, je vais écrire pour les avoir le plus vite possible.
Le 6 septembre la compagnie a eue 120 blessés et 12 morts vous voyez que ce n’est pas énorme comme pertes.
Nous avons les journaux très facilement et ce matin j’ai été heureux en voyant que du coté de Verdun les boches étaient repoussés.
J’espère qu’ils vont continuer à reculer et que les circonstances aidant cela finira vite.
Donnez moi beaucoup de détails dans votre prochaine lettre.
Voici mon adresse.
J. R. militaire en traitement à l’Hôtel Dieu
Salle Matignon lit n°9
Marseille.
B. d. R
En attendant le plaisir de vous lire, je vous envoie chers parents pour tous mes meilleurs baisers
Votre fils affectueux.



Marseille le 19 Octobre 1914

Chers parents.

Votre lettre reçue hier soir était attendue, la journée m’a semblé longue, mais j’étais content de vous lire.
Je remercie ma petite mère de sa bonne lettre, allons ! Maman du courage voyons, tu as toujours eu beaucoup de volonté, il ne faut pas te laisser dominer par les évènements quels qu’ils soient.
Je suis bien heureux de te savoir un peu mieux mais jure moi de ne plus te faire de mauvais sang et de laisser ces idées noires de côté.
Si j’ai le bonheur de pouvoir passer à Chamalières je ferai de mon mieux pour te consoler.
Mais ce n’est pas encore que je pense songer à voyager, je ne me lève pas encore et défense express par le major d’essayer de le faire sans ordre.
Je suis maintenant au quart de régime, j’ai droit au café le matin avec une tartine (À midi et au soir) de la purée du potage et de la viande blanche. Hier Dimanche, nous avons eu du café à midi avec le pousse café, cigarette ; à 3 heures bière. Vous voyez que je ne suis pas malheureux.
Mon coté me fait moins mal à condition que je ne me remue pas trop. Je dois cette douleur au manque de soins dès les premiers moments. Personne n’en est cause que les boches. Si j’y retourne, j’espère pouvoir en piquer encore quelques uns. Je reçois des nouvelles d’amis et connaissances en quantité. Je passe mon temps à répondre, cela me fatigue un peu, mais je dors assez bien.
J’ai écris une lettre de 4 pages à Mr Drault lui donnant tous les détails de mes blessures et des soins que l’on me donne. J’écris à Maurice une carte pour qu’il donne de temps en temps de ses nouvelles à Mr Drault- Michel et amis de Paris.
J’ai reçu des lettres de ma marraine, du cousin Ernest, de Marie- Louise et souvent de Paulette et d’Emile.
Je suis bien heureux pour Emile qu’il reste à Versailles. Il demande à partir mais il ne se fait pas une idée de ce que c’est, il a charge d’âmes, sans avoir peur je vous garantis qu’on ne peut pas se faire la moindre idée de ce qu’est une rencontre . J’ai mon carnet sur lequel j’ai le résumé de mes journées passées sur le front, vous verrez par vous-même, si je viens vous voir.
Je vois que mon père la pipe ne reste pas sans travail, cuisinier, femme de chambre, maçon, je voudrais bien être là pour voir flotter « les drapeaux des alliés » sur la construction du Tonton et boire une bonne vieille bouteille à la santé de toute la famille.
Comment faites-vous avec les Rémois ? Grand’ mère et la Tante doivent être heureuse de s’être retrouvées en famille. Souhaitez leur le bonjour de ma part.
Quand vous verrez le Tonton et la Tante embrassez les bien pour moi et dites leur que je pense bien à eux.
Pour ce que Papa me dit au sujet de Félix, Emile m’en a déjà parlé, mais je ne crois pas qu’il ait repris le contact avec la vie ordinaire en faisant la bêtise de ne prévenir personne de son départ de Paris.
J’espère que ma lettre vous trouvera en bonne santé, que Maman m’écrive le plus souvent qu’elle pourra cela lui fera du bien et je répondrai aussitôt.
Que Maurice continue à travailler et à être sérieux, il remplie ses devoirs comme il faut auprès de vous et je le félicite.
Je vous quitte chers parents en vous embrassant tendrement.
Votre fils affectueux.




Sainte Marguerite le 28 Octobre 1914

Chers parents.

Votre lettre m’est arrivée hier soir en retard puisque depuis Samedi j’ai quitté l’Hôtel- Dieu pour aller dans la campagne à l’hôpital Sainte Marguerite. Je suis très bien ici, une belle campagne pour se promener sans avoir à descendre d’escaliers, une nourriture encore meilleure qu’à l’Hôtel- Dieu. Nous avons comme compagnons des orphelins et des vieillards hospitalisés.
Ce sont toujours des infirmières qui nous soignent, mais ici, il y a ceux qui n’ont plus besoin que de repos ou de petits soins ; j’allais bien jusqu’à Lundi et depuis le déjeuner j’ai du me recoucher étant fatigué d’avoir forcé en peu. Il me faut du repos, j’en ai pourtant assez pris depuis bientôt 2 mois, le major m’a dit que j’en avais pour 2 mois ½, mais l’espère bien m’en sortir avant.
Je suis heureux de voir que ma petite mère va mieux, quand j’aurai rejoint mon dépôt pour avoir ma convalo, j’espère pouvoir passer quelques bons jours auprès de vous.
Maurice a été bien gentil de me faire un mot mais je suis comme Paulette et crois qu’il a la main droite gelée, allons mon vieux Biquet donne moi plus de détails sur ta vie dans ta prochaine lettre.
Je remercie également Grand- Mère et ma tante de leurs bons vœux, à mon tour je leur souhaite une bonne santé et les embrasse bien fort en attendant de le faire pour de bon. J’ai fait un mot à l’oncle François et à Marie- Louise.
Paulette m’a envoyé des chaussettes, une chemise et une flanelle. J’en suis très content car mon linge, ma montre et beaucoup de papiers sont restés sur le champ de bataille.
J’ai eu de bonnes nouvelles d’Emile. Je ne crois pas qu’il soit encore prêt à partir puisqu’il dit qu’il n’y a pas de chevaux pour le moment .
Quant à Félix donnez-lui de mes nouvelles. Je ne pense pas lui écrire, mais dites lui que j’aimerai avoir de ses nouvelles.
Il faut que Papa soigne son rhume, le vin chaud au sucre était mon remède infaillible. Je crois que Mrs les Boches en prennent plein les reins et serais bien heureux de les voir rentrer chez eux, il n’y en aura pas pour longtemps maintenant, ils reculent et les copains se feront une joie de les exciter avec la baïonnette.
Je voudrais bien en être, mais je ne crois pas avoir ce bonheur là. Dites moi dans votre prochaine lettre où est mon dépôt, il était à Lille, mais maintenant je ne sais pas où il est.
Je pense que ma lettre vous trouvera en bonne santé ; Je vous embrasse affectueusement.
Votre petit gars qui pense à vous.



Sainte Marguerite le 4 Novembre 1914

Chers parents.

Je suis dans ma chaise longue et je suis heureux de pouvoir causer un peu avec vous.
Je me suis senti fatigué la semaine dernière et j’ai repris le lit pendant 8 jours mais depuis hier on m’a permis de me lever à nouveau.
Je vais faire attention à ne pas trop brusquer pour ne pas retomber une 3ème fois.
J’ai su par une lettre de Tonton que ma petite mère allait mieux et le petit père la pipe avait profité de la Toussaint pour enterrer son rhume.
Je suis sûr que ma petite mère a profité de la Toussaint pour aller à la messe et prier pour les pauvres camarades qui sont tombés là-bas. J’aurais bien voulu pouvoir y aller aussi mais de mon lit je ne l’ai pas oubliés. J’ai de bonnes nouvelles de Paris venant de ma marraine et de Mr Drault.
J’ai le plaisir de vous annoncer que je n’aurai pas besoin d’aller à mon dépôt pour avoir ma convalescence. Les blessés soignés à Marseille et devant quitter l’hôpital vont dans un dépôt à Marseille où il est formé 3 sections. 1ère -Ceux qui peuvent retourner au feu sous peu -
2ème -Ceux qui ont une convalescence- 3ème -Ceux qui doivent être réformés.
Pour avoir droit à la convalo, il faut comme je l’avais demandé à Papa que vous fassiez une lettre demandant à m’avoir chez vous pour achever de me rétablir et que vous vous chargez de tous les frais que peut occasionner ma présence.
Faire signer cette lettre par le maire et me l’envoyer même avant que je sois sorti de l’hôpital.
La convalo datant du jour où elle m’est accordée, si je n’ai pas ce certificat c’est autant de perdu tant que je ne l’ai pas.
Je ne sortirai de l’hôpital que complètement guéri, je ne veux pas m’exposer à être embête plus tard avec cette blessure. Le major a mesuré avant-hier la longueur de trajet de la balle, 32 centimètres.
J’ai fait venir par mon camarade Gaston mon chandail et un gilet. Paulette m’a envoyé une ceinture de Flanelle et des chaussettes tricotées par Me Astier.
Il fait bon ici, mais depuis quelques jours nous avons de la pluie.
Dans une lettre d’Emile, il me dit qu’il n’a pas eu de vos nouvelles depuis longtemps et ne sait pas à quoi attribuer ce silence.
Si vous avez des nouvelles de Félix, donnez m’en et si vous lui écrivez donnez-lui mon adresse ici et dites lui qu’il m’écrive.
J’espère que Maurice travaille toujours et qu’il se comporte bien.
Pensant que ma lettre vous trouvera en bonne santé, je vous embrasse tous affectueusement.



Sainte Marguerite le 11-11-1914
Chers parents

Suis très content d’avoir eu de bonnes nouvelles de vous, j’ai reçu ce matin le certificat. Je quitte Sainte Marguerite Vendredi matin pour retourner à l’Hôtel –Dieu. Nous avons eu hier la visite d’un général qui m’a causé assez longtemps et m’a proposé pour une longue convalescence sitôt que mon état le permettra.
Je pense que Maman est complètement rétablie. Je vous donnerai des détails sur mon nouveau stage à l’Hôtel- Dieu. Je vous quitte en vous embrassant affectueusement.
Votre fils affectueux.

Hôtel- Dieu Salle du Vair N°29 Marseille.


Marseille le 20 Nov. 1914

Chers parents.

J’ai reçu ce matin votre lettre collective qui m’a fait bien plaisir.
J’avais demandé à Maurice si Papa pourrait venir me voir maintenant que les Cies de chemin de fer accordent 75% de réduction. Je l’avais fait croyant que j’allais subir une opération mais heureusement je passe à coté. Le cousin Georges s’est occupé de moi pour me faire venir à Paris, et il y a 3 jours j’ai eu la visite d’un monsieur porteur d’une lettre du général Cherfils demandant au major chef si mon état permettait mon transport à Paris. Le Major m’a demandé si je voulais y aller mais j’aime mieux rester ici pour l’instant.
La démarche a fait que j’ai été examiné soigneusement par le chef, il était très indécis, ne sachant pas si je devais être opéré ou laissé dans le même état.
Il m’a fait marcher pendant deux jours, et une fois ma promenade finie, la température était prise, si j’avais eu de la fièvre, j’étais opéré, mais je n’en ai pas eu.
Ce matin à la visite, il m’a annoncé que je pouvais me tranquiliser et que je ne pourrai rien faire que de me promener un peu pendant au moins trois mois. Je me redresse un peu mieux. Il m’a avoué que je revenais de loin à cause de l’entrée de la balle située à peine à 1 centimètre de la colonne vertébrale. Le trajet en séton a fait que la balle n’a que frolé la colonne, sans quoi je serais parti pour le grand voyage.
Je vais demander si je peux partir en convalescence et s’il est possible de partager la période en deux, une partie pour Chamalières et l’autre pour Paris. Je ne veux pas vous occasionner de frais, il faut être raisonnable, je resterai un moment avec vous, mais vous avez assez de charges sans moi.
Mr Drault m’a offert plusieurs fois de venir chez lui, vous le connaissez assez pour savoir qu’il le fait de bon cœur.
Donnez moi votre avis sur cette question mais, je vous le répète qu’il faut penser à vous pour le moment.
J’ai écrit hier à la cousine Henriette, elle m’avait envoyé 5F pour mon tabac, et je l’ai chargé de transmettre mes remerciements au cousin Georges pour s’être occupé de moi.
Je suis heureux de savoir ma petite mère de mieux en mieux, J’ai appris la mort glorieuse d’un de mes camarades sportifs, Maurice doit le connaître, c’est Mas, tombé à Croyons dans la Meuse. Hubert Delanoë m’a écrit, il a passé au travers aussi et a été sauvé par son guidon et sa gamelle traversés par une balle.
Je suis content d’être fixé sur mon état, on ne m’a pas reparlé de la réforme et je ne m’en inquiète pas pour l’instant.
Je remercie papa de ses tuyaux, ils ne sont pas perdus et serviront aux copains.
J’ai mon voisin qui est bien touché, il miaule toute la nuit et en me voyant écrire, il me demande de l’eau pour qu’il puisse écrire aussi, il ne peut pas bouger, il a reçu des shrapnells un peu partout. Vous pouvez juger qu’on est heureux d’être encore dans mon état en voyant ces tableaux inoubliables que je vous conterai quand j’irai vous embrasser affectueusement.
Votre fils qui vous aime.


Le général CHERFILS dont Parle Jean RENOUX a écrit de nombreux ouvrages avant et pendant la guerre de 1914, on trouvera à la suite de cette lettre un aperçu de « son oeuvre » qui, aujourd’hui encore, figure dans le bêtisier de la littérature militaire
La guerre est d'essence divine. Elle est la saignée qui rétablit la santé du monde congestionné de mauvais désirs. Elle est encore l'exutoire par quoi se rétablit l'équilibre de la surproduction de l'espèce chez les races saines et bien portantes. Les peuples ne désarmeront jamais, heureusement pour leur grandeur morale et pour la beauté de leur civilisation.
Le pacifisme conduit à l'antimilitarisme, l'antimilitarisme à l'antipatriotisme et ce dernier au néant, où s'effondrerait la patrie. A un poison aussi mortel, il faut appliquer un antidote. L'antidote du pacifisme, c'est le militarisme, c'est-à-dire le culte de respect, de confiance et d'honneur dont il faut entourer l'armée. Méditons la prophétique parole du philosophe: «Quand un peuple montre pour la guerre une horreur coupable, Dieu le change en un peuple femme et lui envoie un vainqueur qui le viole.» Ne devenons pas le peuple femelle que l'on viole. Restons le peuple mâle capable d'attaquer pour mieux se défendre, le peuple de nos seize siècles d'histoire; gardons les vertus guerrières qui ont fait la France et qui peuvent seules la maintenir terrible et respectée. On ne respecte que les forts.
Général CHERFILS.
Marseille le 17 Dec. 1914



Chers parents.


J’ai reçu votre bonne lettre et j’étais bien heureux d’avoir de vos nouvelles.
Je suis un peu paresseux pour écrire, je reçois beaucoup de lettres de clientes que mon second visite et à qui il a appris mon état.
Je vais être obligé de prendre un secrétaire particulier.
J’ai eu des nouvelles de Félix hier soir, une carte d’Henriette me disait qu’il avait quitté l’Argonne pour une destination inconnue. Pas de nouvelle d’Emile ; Je souhaite que les débuts n’aient pas été trop durs pour lui.
Monsieur Drault est mobilisé depuis le 12 il garde les voies en Seine & Marne, Madame Drault dirige la maison de commerce . Quel changement de vie d’un coup.
Monsieur Michel m’a écrit et demande que Maurice lui fasse un mot.
Vous avez dû recevoir deux bulletins de santé, ne faites pas trop attention à ce qu’on marque dessus, ce sont des externes qui font ce travail et ils ne connaissent pas très bien les malades.
J’attends à chaque instant l’opération qui doit me libérer de ces élancements que je ressens toujours quand je suis fatigué.
Je continue à me lever mais je suis toujours en observation cette semaine. J’ai pris une purge 60 gr d’huile de ricin, voyez l’apéritif. J’ai de la température c’est ce qui laisse au major l’intention de regarder ce que j’ai dans l’armoire.
Je suis très gai et j’ai fait prendre plusieurs crises aux copains. Déguisements en infirmière en autre.
Nous avons un concert tous les mercredis. J’ai la visite d’une dame travaillant chez un ancien client et un ami représentant de Commerce à Paris., sergent à Marseille. Ces visites me font passer de bons moments. Je souffre surtout la nuit quand je suis dans une fausse position.
Nous recevons des blessés depuis quelques jours, ils ont meilleures mines que ceux tombés en Août ou en Septembre, ils disent être bien nourris et bien soignés, mais ils arrivent dans des états de saleté effrayants. Plusieurs arrivés hier avaient 3 chandails, 2 flanelles, 1 chemise, un veston et la capote, il ne doit pas faire chaud à la belle étoile. Un a les deux pieds gelés d’être resté 11 heures consécutives de faction dans la neige, il souffre terriblement.
Nous avons arrangé un petit concert pour le Réveillon, il faut bien se distraire et surtout distraire les copains qui ont le cafard.
J’espère que vos santés sont bonnes
Veuillez m’excuser auprès du Tonton si je ne lui ai pas écrit depuis quelque temps mais mes lettres sont pour tous.
Je souhaite à Papa de trouver une bonne place où il pourra rester.
Je charge ma petite mère de faire distribuer des baisers que je vous envoie à tous.
Votre petit fils, neveu, fils, frère affectueux.

Pour Maurice
Monsieur Drault.
13ème Territorial (Section- Garde Voies Communications)
à Rouvres par Saint Mard Seine et Marne
Section A groupe 5
Secteur B poste 4

Monsieur Michel 28 rue des Peupliers
Bois- Colombes (Seine)


Marseille le 29 décembre 1914

Chers parents

J’ai reçu ce matin la longue et bonne lettre de ma petite mère et je me dépêche d’y répondre. Tout d’abord pour présenter à chacun mes meilleurs vœux et souhaits pour 1915.
C e que je souhaite surtout c’est que la victoire nous amène la paix et la tranquillité et que nous nous retrouvions tous réunis.
J’ai su avant-hier par une lettre de Paulette que Félix avait les pieds gelés, je le plains bien.
Il y a dans ma salle un homme qui est comme lui et il a bien souffert tant que la gelure n’était pas passée. Maintenant il va mieux, mais tout dépend du degré de la gelure.
Je suis navré que Papa n’ait rien trouvé, comme la vie doit être dure dans ces moments. Enfin, il ne faut pas désespérer, il y a de plus malheureux qui sont loin de chez eux, nous avons ici beaucoup de réfugiés et quelques uns sont très malheureux.
Je n’ai pas eu de nouvelles d’Emile qu’indirectement, je comprends qu’il n’ait pas beaucoup le temps d’écrire sur le front. Espérons qu’il sera plus heureux que Félix et que moi.
J’ai eu une lettre de Mr Drault dans laquelle il me dit qu’il était très heureux d’avoir une lettre de Maurice et qu’il allait lui répondre. Il n’est pas tout à fait à son aise pour garder les voies et à son âge cela se comprend. Maman peut écrire à Mr Drault mais je ne crois pas que ce soit la peine d’écrire à Madame Drault qui est très occupée avec le magasin, l’hôpital et son intérieur.
Je serais content si les démarches auprès de l’oncle Duval aboutissaient pour ce pauvre Félix. Je lui écrit en lui disant qu’à Marseille nous n’avions que des blessés de l’Argonne et que s’il était évacué sur Marseille qu’il demande à venir à l’Hôtel- Dieu près de moi. Comme je serais heureux de pouvoir vivre un peu près de lui.
J’ai reçu la photo de Suzanne , quelle belle petite fille, je trouve qu’elle me ressemble pas mal, qu’en pensez-vous ?
Je vous prie d’excuser ma mauvaise écriture mais je suis couché depuis ce matin.
Je suis en préparation pour être opéré ces jours -ci. Le major a trouvé que j’avais un bouchon dans le coté gauche du ventre, il m’a dit qu’il me ferait une incision et qu’il laisserait un drain. Me voilà avec un bout de caoutchouc pour mes étrennes. Il m’est expressément défendu de me lever ; J’avais passé un Noël assez bon, nous avons été gâtés comme des gosses. Amélioration de l’ordinaire si bien que je n’ai pas pu manger de tout.
Surtout ne vous faites pas de mauvais sang à mon sujet, je vous écrirai quand l’opération sera faite. J’espère que Maurice est toujours content dans sa nouvelle maison.
Je vous charge de présenter mes souhaits à Grand- mère et à ma tante, mes lettres sont pour tous, les nouvelles que je donne ne sont pas très intéressantes, mais faute d’actualités je ne peux faire autrement.
Je vous envois à chacun mes plus affectueux baisers.
Votre fils qui vous aime.



Correspondance de guerre de Jean RENOUX


Lettres de 1915.


Marseille le 17 Janvier 1915

Chers parents.

J’ai été bien heureux d’avoir la longue lettre de Papa me donnant sur vous des détails que j’attendais avec impatience.
Tout d’abord je suis heureux content que l’emploi sollicité par Papa ait été obtenu et j’espère qu’il sera stable et donnera tout ce que vous espérez.
Il faut souhaiter que le mieux qui s’était produit dans la santé de Maman continuera, il faut avoir la force d’âme devant ces mauvais jours et espérer voir des meilleurs moments.
J’ai eu ce matin de très bonnes nouvelles d’Emile ; de son coté, les opérations sont assez calmes en ce moment. Félix commence à marcher avec des béquilles, mais il souffre encore, il en aura pour un bon bout de temps à se remettre complètement.
Que Maurice continue , il aura la veine d’aller garder les « Gretchens » à Berlin et de tarabuster au feu les Boches récalcitrants.
Nous avons depuis quelques jours un soleil très chaud et je passe mes après midi sur la chaise longue et sous les pins en plein soleil.
Je ne sais pas quand je serai opéré ; mais tranquillisez-vous, je vous préviendrai aussitôt. Je suis très bien, j’ai bonne mine et j’ai engraissé un peu. Il n’y a que quand je marche et le soir que j’ai mal dans le bidon.
Le major veut me garder comme graine probablement, il me montre comme cas intéressant chaque fois « qu’une grosse légume vient visiter l’hôpital ».
D’après leurs conversations je suis un phénomène d’avoir résisté. Maurice me connaît comme phénomène, et ce n’est pas un Boche qui me fera mourir (je partirai pour le grand voyage quand je voudrai).
J’ai de bonnes nouvelles de la famille Duval ainsi que de Mr Drault qui est revenu comme comptable à son hôpital Lutetia.
Je profite de ma lettre pour souhaiter à mon paternel une bonne fête et surtout une bonne santé.
Que ma petite mère ne se fasse pas de mauvais sang à mon sujet, je lui ferai bientôt une bonne surprise.
Je souhaite à Grand- mère et à la Tante de continuer à faire comme les Français (toujours solides)
Je vous envoie pour tous mes plus affectueux baisers.
Votre…..




Marseille le 9 Février 1915

Chère Maman.

J’ai été heureux de te lire et la lettre d’Emile m’a fait bien plaisir, je reçois de Paulette des lettres très gentilles et si j’ai le bonheur de disposer de quelques semaines j’irai passer q.q jours près d’elle.
Tu as raison ma chère Maman de ne pas attacher trop d’importance à tout ce qui se passe, continue à te reposer l’esprit. Tu as maintenant des soucis qui sont passés, il faut regarder les meilleurs jours et les espérer.
J’ai eu cette semaine des nouvelles de Félix et d’Emile. Félix me dit qu’il a été pris par la dysenterie et il me demande de lui envoyer q.q douceurs ; je lui ferai un petit paquet Samedi. Emile ne se plaint pas, au contraire, il me dit qu’il fait beau à Nieuport.
J’attendais de la part de Maurice un petit mot me disant que les balles Boches lui avaient fait plaisir. Je te demande ma chère Maman de bien mettre celle que j’ai reçue de coté, j’en ferai faire une breloque souvenir, tu comprends que j’y tienne tant.
Je n’ai pas eu de réponse à la lettre que j’avais écrite pour la fête de Papa.
Rien de nouveau quant à ma convalescence, je reste à l’Hôtel- Dieu pour l’instant et j’ai su que je n’étais pas prêt d’en sortir, le major croit et dit que je suis le neveu du général Cherfils, je suis donc sujet à toutes prévenances, tant que j’aurai mal je profiterai de cet état de choses.
J’avais écrit à Mr Drault pour savoir si je pouvais revenir à Paris dans son hôpital mais une circulaire interdit le changement d’un blessé soigné dans un hôpital de Province pour revenir à Paris.
Je suis sorti Dimanche, étant invité avec Léon chez les dames qui demeurent en face l’hôpital. Nous avons déjeuné avec Mlle Couade, rien de nouveau pour elle, il faut attendre.
Il y eu des changements dans le personnel infirmier ces jours-ci.
Madame Borie s’excuse de ne pas t’avoir répondu, ta carte lui a fait bien plaisir, elle me charge ainsi que toutes les dames que tu connais ici, de te présenter leurs amitiés.
J’espère que Papa est toujours content de son emploi, je voudrai bien avoir des détails à ce sujet.
Je pense que Maurice me gratifiera d’une babillarde, me donnant un aperçu de ses nombreuses occupations ; J’ai reçu la nouvelle de la mort d’un de mes copains, un bon collègue, marié depuis 3 ans, sa femme est folle de douleur. Maurice le connaît peut-être, Germain de chez Roubaudi. Egalement des Nlles de Mrs André Godieaux, Caron, Lamare, Michel etc.….
Je souhaite que toutes les santés soient bonnes. Je te charge ma petite mère d’embrasser Grand-mère et la Tante de ma part.
A chacun et à toi mes plus affectueux baisers.
Ton fils Dévoué


P. S : Tu peux écrire à Mr Drault et j’accepterai volontiers une bathe saucisse.
J’ai été ce matin voir l’oculiste pour avoir une paire de lunettes, il m’a examiné pendant 25 minutes. Ci-joint le diagnostic de ma blessure, à garder.



Sainte Marguerite le 5 Avril 1915

Chère Maman.

Je suis revenu à saint Marguerite depuis le 24 Mars. La lettre du 28 n’est arrivée que Vendredi ici et j’attendais la fin des fêtes pour t’écrire.
Je vais très bien, ma grippe intestinale est passée et j’étais heureux de quitter l’H.- D. il y avait une épidémie de typhoïde qui sévissait sérieusement.
Au grand air toute la journée ; l’appétit est revenu un peu, je me force un peu mais ça me fait du bien.
J’ai une dame très gentille qui m’envoie des œufs frais tous les 2 jours, j’en gobe 6 tous les matins. Mon ventre me fait mal que quand je marche beaucoup ou que le temps est pour changer.
Aujourd’hui il fait un temps idéal. Hier je me suis promené toute la journée, à la messe le matin, après casse-croûte, déjeuner épatant, et sortie avec des copains pour aller au bord de la mer à pied.
Nous avons du vin à 0,20 franc le litre, il est très bon et je n’ai pas d’attrapé la typhoïde.
La lettre de Papa m’a fait bien plaisir, le sachant content de son emploi, je souhaite que tout réussisse.
Félix et Emile m’ont donné de bonnes nouvelles de leurs santés.
J’espère que Maurice est remis de son indisposition. Et toi ma petite mère, comment vas-tu ?
Il faut tuer tous les papillons noirs et te distraire le plus possible.
Il ne faut pas te faire de mauvais sang, tous tes gars sont solides et comptent bien fêter le retour ; (je crois que ce jour là, il y aura du vent dans les voiles).
J’ai écrit à l’oncle Duval cette semaine en lui donnant beaucoup de détails. Au sujet de ma convalescence rien de nouveau, je devais partir au dépôt au lieu de revenir ici, mais la complaisance du major m’a fait venir me refaire un peu au soleil.
Nous sommes très libres ici, les journées passent plus vite qu’à l’H- D.
Demain je vais déjeuner chez Madame Borie qui me charge ainsi que les personnes de connaissance de te présenter ses amitiés.
Embrasse bien Grand-mère et la Tante pour moi, ainsi que Papa et le Biquet et garde de ton Jean les meilleurs et affectueux baisers.


Hospice Ste Marguerite- salle de Castelneau 22
Ste Marguerite B. du Rhône

Je commence le 8ème mois demain !





Il s’agit de la dernière lettre (en notre possession) expédiée de Marseille que Jean RENOUX va quitter pour Confolens en Charente où se situe le dépôt du 165ème Régiment d’Infanterie.

Convalescence à Confolens

Confolens le 13 Mai 1915

Chers parents.

J’ai reçu hier soir mes photos de Marseille, j’espère que celle-là vous fera plaisir. J’ai eu des nouvelles de Maurice par Mr Drault et ma marraine mais j’ignore encore son adresse. Comment va ma petite mère la pipe, il y a bon je pense. Pas de coup de cafard puisque tout le monde est en bonne santé.
Pour mon compte, j’ai repris l’habitude de coucher sur la dure et je ne plains pas trop. Nous avons des demandes de renfort très souvent. Il part Samedi 200 hommes pour le 165 au bois de Consenvoye et Lundi 400 au 110ème d’infanterie aux Eparges. J’ai retrouvé plusieurs copains blessés le même jour que moi et le soir après la soupe nous nous retrouvons pour causer un peu des misères de chacun. Un type de ma classe blessé le 6 Septembre comme moi a été pris par les Boches et est resté 6 jours avec eux à Clermont en Argonne, il a été …….
J’ai du vous dire que j’avais 15 jours de repos, mais malgré cela nous sommes tenus à assister aux théories qui nous rasent et nous faisons une promenade le matin et une le soir pour nous remettre un peu dans l’axe.
Aujourd’hui repos depuis 8 heures ¼ du matin, j’ai confectionné une bonne omelette au lard pour changer un peu du bœuf et ce soir je casserai la croûte à l’auberge.
Hier de 4 à 5 h du soir j’ai pris une friture de 16 poissons assez beaux et je me les suis envoyés avec le sourire.
J’ai reçu hier des livres de Madame Pignol et une bonne lettre. Beaucoup de cartes d’amis et d’amies de Marseille. A bientôt un petit mot de vous me donnant de bonnes nouvelles.
Rien reçu d’Emile et de Félix
Bons baisers de votre fils affectueux,…………………………….




Confolens le 26 Mai 1915


Ma chère Maman

Ton petit mot reçu Lundi m’a fait beaucoup de peine en te voyant tourmentée encore à mon sujet. Ne te fais pas de mauvais sang, je ne suis pas prêt de partir. J’ai été reconnu apte à faire campagne, il y a beaucoup de demandes d’hommes mais on ne veut pas me laisser partir comme je suis en ce moment.
Hier encore j’ai été voir le major, il m’a donné 8 jours de repos et ce ne sont pas les derniers. Que veux-tu ma petite mère il n’y a rien à faire.
J’aimerai mieux pouvoir me soigner chez moi que d’être seul ici, mais il faut songer que je ne suis pas le seul à ne pas avoir tout ce qu’il me faut, ceux qui sont comme mes frangins sont plus à plaindre que moi.
Donc ne te fais pas de mauvais sang. Je sais que tu nous aimes tous, et chacun de nous en est au même point que nous. Ne te rends pas malheureuse inutilement puisque chacun de nous est encore là et en bonne santé. J’ai eu de bonnes nouvelles de mes trois frangins, tous heureux de leur sort malgré la fatigue et l’ennui d’être loin des leurs. Maurice est surveillé par MR Drault qui s’occupera de lui tout spécialement. Il veut l’avoir tous les 15 jours pour la journée du Dimanche s’il peut avoir une permission. Un autre Dimanche il ira chez l’oncle Duval ou autre part, tu vois qu’il ne sera pas à plaindre ni trop seul pour être tenté par quoi que ce soit.
Du reste il est assez sérieux pour être très raisonnable, étant élève caporal il aura encore plus de temps à rester au dépôt pour se former complètement et avec l’entrée des Italiens dans la danse il faut espérer que l’action sera activée pour nous donner la victoire et une paix, désirée par tous, prochaine.
Je m’ennuie toujours dans mon trou de pays. Je n’ai qu’à aller à la promenade des blessés matin et soir, mais je me tire des jambes pour ne pas y aller quand j’ai à écrire. J’ai installé à l’ombre d’un gros arbre une petite table faite d’une planche et de deux piquets, une souche d’arbre me sert de siège et je t’écris sans me faire de bile et en contemplant de l’autre coté des femmes qui lavent à la Vienne.
Hier après midi je n’ai fait que pêcher et j’ai mangé le soir une bonne petite friture qui ne devait rien à personne.
Tu vois je ne suis pas à plaindre. L’écurie me dégoûte pour y coucher, comme il fait très bon maintenant nous avons fait des hamacs avec nos couvertures et nous couchons suspendus aux branches des arbres en fumant une bonne cigarette pour nous endormir.
Tu ne m’as pas dit si tu avais reçu ma photo, comment la trouves-tu ?
Donne m’en des nouvelles et fais moi une longue lettre pour me montrer que tu n’es plus aussi triste. Papa est-il toujours content de son travail, oui, j’espère.
Vous avez dû, s’il a été libre un de ces jours de fêtes, aller faire une petite ballade, racontes là moi, ça me fera plaisir.
J’ai reçu une carte du Tonton et je vais lui répondre. J’ai reçu beaucoup de cartes et de lettres des amies de Marseille, les dames que tu connais te souhaitent toutes le bonjour.
Mlle Couade est rétablie et j’en suis bien heureux pour elle, elle a été si dévouée pour moi.
Mme Pignol m’écrit souvent et m’a déjà envoyé des livres et un colis ainsi qu’à Félix.
Dimanche j’ai fait une petite bombe avec les copains que j’ai retrouvés ici et nous étions trois boiteux, un autre qui a eu le canal de la vessie coupé et deux autres blessés avec nous le 6 Septembre. Nous avons fait un bon déjeuner 1h35 et après avoir fumé un cigare, nous avons été faire un tour en ville avant de nous retrouver à table pour dîner comme le matin. Lundi il faisait orage, je suis resté à l’écurie et ai juste été manger dehors une bonne omelette à l’oignon et des petits pois nouveaux.


Je te charge ma petite mère d’embrasser pour moi, mon père la pipe, Grand-mère la pipe, ma Tante la pipe et tous les parents de ton Jean la cigarette.

Pour toi ma petite mère la pipe une grosse bisette. Ton gars affectueux.



68a69fdefa3704c55f8353511a86f94a.jpg
Photo de Jean RENOUX prise à Marseille


Confolens le 6 Juin 1915


Mon cher Papa.

Je suis bien heureux de t’avoir lu, mais j’avais de la peine en sachant Maman reprise par ses idées noires. Heureusement une bonne lettre écrite par elle m’a fait beaucoup plaisir et je vois que tu t’emploies de ton mieux à la distraire et à lui changer les idées, c’est ce qu’il y a de meilleur pour elle.
J’ai reçu hier une carte d’Emile me disant qu’il avait de la conjonctivite à l’œil gauche, j’espère que ce ne sera rien de grave.
De Félix pas de nouvelles depuis une huitaine mais j’espère que ce n’est qu’un retard. Maurice est très content, tant mieux pour lui, il a de grandes chances je crois de ne pas aller voir les Boches. Avec les Crispis et les états balkaniques qui vont taper j’espère qu’on viendra à dompter la N…. de Guillaume.
Depuis une huitaine il y a encore eu du nouveau ici, tous les blessés ont passés une visite, on a été classés en 3 catégories-1er inaptes- 2ème pouvant faire un peu d’exercice avec beaucoup de repos et 3ème ceux qui peuvent subir un commencement d’entraînement. J’ai été mis dans la 1ère catégorie et j’ai quitté Confolens pour aller dans un château des environ où je suis mieux que dans mon écurie. Je me promène du matin au soir, mais c’est la nourriture qui ne va pas, j’ai trouvé une ferme où je peux avoir des œufs et du lait et je délaisse le bœuf aux pommes très souvent.
J’ai été vacciné contre la typhoïde pour la 1ère fois Lundi, pendant trois jours j’ai du rester couché avec la fièvre et un beau mal de tête. Je dois y passer encore 3 fois.
Hier on m’a remis mon livret militaire perdu depuis le 6 septembre, il a dû rester un moment sur le champ de bataille car il est tout déteint.
Comme distraction nous avons juste la pêche, nous avons deux étangs et j’ai déjà sorti de belles pièces 1 brochet qui pesait 1livre et demie et quelques belles touches. La Vienne passe à 2 kilomètres et si nous étions libres de bonne heure le Dimanche nous irions mais nous sommes tenus.
Je pense que tu es toujours content chez ton patron. Monsieur Drault me donne des détails sur l’emploi du temps de Maurice et il n’est pas le plus à plaindre.
Que dit le Tonton de l’entrée des Crispi, Louis est-il parti, si oui l’oncle a du pousser un soupir de soulagement.
Je n’ai pas répondu à la lettre de Maman, dis moi si je dois le faire, si son état le permet, j’espère que les papillons noirs sont partis pour toujours.
Paulette m’a écrit une longue lettre me disant qu’elle s’ennuyait bien de sa petite Suzon et de son Minet. Egalement une carte de l’oncle Duval me demandant des détails sur ma vie de Charentais.
Je compte passer une visite la semaine prochaine et je crois que le major me laissera dans la 1ère catégorie.
A part cela rien d’autre à signaler. Je pense que ma lettre trouvera toute la famille la pipe en bonne santé. Je te charge mon cher Papa d’embrasser tout le monde de ma part.
Reçois de ton Jean ses plus affectueux baisers.

(165ème – 32 e Château du Tiers
Confolens- Charente)


Confolens le 29 Juin 1915


Chers parents.


J’ai été très heureux de recevoir la bonne lettre de Papa et surtout les quelques lignes de ma petite mère pour me souhaiter ma fête. J’espère que l’année prochaine je la passerai un peu plus joyeusement.
La place que Papa a trouvée est très bonne et j’espère qu’elle ne sera pas au dessus de ses connaissances et aptitudes. Plus de liberté et moins de fatigues et un salaire plus fort, je crois que vous ne trouverez pas mieux.
Je suis bien peiné de savoir ma petite mère encore nerveuse, il faut prendre la ferme résolution de ne plus vivre dans le noir, nous sommes tous en bon état général, il ne faut pas s’inquiéter, le moteur est toujours bon, encore un peu de repos et tout ira bien. Félix m’a envoyé un mot pour ma fête et il me disait que tout allait bien pour lui. Emile a changé et fait sa saison en Bretagne, quel veinard, notre Biquet national vient de m’envoyer une lettre me disant qu’il cyclerait toujours si on ne l’arrêtait pas, il est heureux de se souvenir des bonnes balades faites avec son mentor et ses copains.
Je lui souhaite de rester encore longtemps au dépôt. Depuis ma dernière lettre j’ai passé trois ou quatre visites et j’en suis toujours sorti inapte N°1, je dois encore passer devant une commission de 3 majors dans le courant de Juillet, mais je me doute déjà de ce qu’ils diront ; « Apte à faire campagne disponible » sans me regarder ni me visiter. Heureusement que le major et le chef ne veulent pas me laisser partir, sans quoi il y aurait déjà longtemps que je serais retourné sur le front. Je suis fonctionnaire caporal en attendant les galons, je préfère les laisser et rester où je suis pour l’instant. Je suis tranquille, bien avec les sous- off, je n’ai qu’à commander les corvées où il n’y a pas à marcher, en dehors de la promenade journalière du matin.
Nous partons à 5h ½ et rentrons au cantonnement pour 9 heures après avoir fait une bonne pose de 2 heures en plein air. Nous jouons aux cartes, ou nous allons dans les fermes vider quelques bouteilles de cidre en cassant la tête à un morceau de fromage. Je suis devenu gras comme un compagnon de St Antoine et si ce n’était la monotonie des journées tout irait bien.
A chaque instant nous avons des demandes de renfort mais il n’y a guère de volontaires à la 32è me
Je reçois toujours des nouvelles de Marseille et toutes me chargent de présenter leur bon souvenir à Maman.
Le cousin Ernest m’a envoyé cette semaine une carte me demandant de nos nouvelles à tous, je lui répondrai à son tour, j’entretiens une correspondance extraordinaire et si je continue je vais être obligé d’acheter une machine à écrire. J’ai eu des nouvelles des deux frères Guy, l’un du coté d’Arras comme cyclo et n’ayant pas encore tiré un coup de fusil et l’autre, maître pointeur dans l’artillerie lourde, envoie des pruneaux aux Boches en guise de comprimés d’opium, pour les faire dormir. Leur frère aîné venu du Canada pour la guerre est prisonnier depuis un mois. Tous deux vous envoient le bonjour. Paulette a été voir son Minet à Albertville, heureuse de le revoir en bon état.
En ce moment ici, on recherche des ouvriers métallurgistes, il en part tous les jours pour aller faire des canons et des obus pour désinfecter un peu les lignes des Boches.
J’ai retrouvé ici un copain avec qui j’avais fait mon service, il a été blessé le même jour que moi mais est resté 8 jours prisonnier des Boches avant d’être délivré par les nôtres. Il avait été dans le patelin où j’étais aussi, mais est parti sur une voiture de paysan, le jour où je suis arrivé à 1h du matin dans ce patelin, j’ai pleuré pour monter avec lui et n’ayant plus de place, j’ai du attendre au lendemain matin. A peine sorties du pays les 2 voitures emmenant les blessés se sont fait prendre par une Cie bavaroise et ils sont restés 8 jours à Clermont en Argonne. Je l’ai échappé belle sans m’en douter. Je suis bien heureux que ma petite mère ait repris contact avec la Comête, l’Oncle doit sûrement être heureux de savoir son gendre prêt à aller écouter la musique un peu moins harmonieuse que celle du violon. Les Crispis avancent un peu, et je crois que d’ici peu il y aura une grande action de leur coté. Monsieur Drault et certaines de mes clientes m’écrivent souvent pour me mettre au courant des choses et potins de la capitale.
Vivement la fin et le retour que nous reprenions nos anciennes habitudes et pensions à autre chose qu’à aller tuer ou se faire tuer.


Recevez chers parents mes affectueux baisers à partager avec Grand-mère et la Tante.
Votre fils qui vous aime.


P. S. toujours amateur de pêche, je me suis envoyé dimanche un brochet de 4 livres avec les copains, pris au vif avec une ligne faite par la main de l’homme. De temps en temps une bonne Tanche avec des girolles.
107d45b95fd384698b11d77d87f9dfdf.jpg




Confolens le 15 Juillet 1915
Chers parents.
Je vous remercie beaucoup quoique un peu tardivement de votre lettre et de son contenu (mandat de 20 francs). Je suis bien heureux de savoir ma petite mère la pipe un peu moins nerveuse, la société du père la pipe à ses cotés ne peut être que salutaire, surtout quand des promenades par un beau temps sont exécutées. Je regrette que Papa n’ait pu garder sa place qui me paraissait être bien comme conditions. J’espère que le moment venu, il puisse trouver du travail dans de bonnes conditions. J’ai eu des nouvelles de Félix et de Maurice, mais pas d’Emile depuis quelque temps. Notre 14 Juillet a été très calme, nous étions libres, mais ici il n’y a presque rien, que des hommes du Nord ou des Ardennes qui n’ont pas le caractère à s’amuser en ce moment. Rien de neuf pour moi. Je passe le 2 Août devant la commission des 3 médecins, mais il n’y aura rien à faire pour la réforme, j’attends la décision de ces messieurs. A chaque instant il y a des changements pour nos états et je voudrais être fixé et ne plus rester dans l’incertitude. Le cousin Ernest m’a écrit ces jours-ci et me dit qu’il s’occupe de moi pour me caser ou me faire caser dans un emploi où je serai plus utile qu’ici. Je lui avais écrit en ce sens et je suis bien content qu’il ait accepté, s’il peut réussir, je m’ennuierai beaucoup moins qu’ici. J’espère que les santés sont toutes bonnes.
Bons baisers à grand-mère et à Tante. A ma petite mère la pipe et à mon père affectueux baisers.
Votre Jeantou



Confolens le 28 Juillet 1915

Chers parents.

J’ai eu de vos nouvelles par Maurice et j’ai été bien heureux de savoir que ma petite mère se porte mieux. Vous avez du être bien content de retrouver votre Biquet bien portant et toujours content de son sort. J’ai fait par l’intermédiaire du cousin Ernest une démarche pour tacher d’aller le retrouver. J’aimerai mieux être avec un de mes frangins si je dois retourner au quadrille . Je pensais changer de Cie après la dernière visite du major, mais il m’a laissé encore ici en me disant de ne plus me servir de canne. Je marche en boitant un peu mais je vais bien. Je ne passe pas la visite des trois majors. J’aime mieux cela, j’aurai plus de chances pour rester encore un peu plus longtemps ici et savoir ce que devient la démarche dont je parle plus haut. Je ne me fatigue pas beaucoup, mon travail consiste à surveiller la corvée de lavage tous les jours. J’ai de bonnes nouvelles de tous nos poilus et j’espère que si l’un ou l’autre vous fait la surprise de sa visite, venir vous rejoindre pour 48 heures au moins. Nous viderons une bonne bouteille ce jour là, hein mon père la pipe ! Nom d’une pipe en bois. J’ai eu des nouvelles de ma marraine qui est à Bergnières , la Tante ne se trouve pas très loin de son séjour. Je reçois à chaque lettre du cousin Ernest des compliments pour vous. Rien de nouveau à signaler. J’ai pris pour mon Dimanche une carpe de 2 livres et demie qui était épatante, cuisinée par moi-même. Le Jeudi j’en avais pris une plus belle encore, mais ce sont les sous- off qui l’ont mangée.
Je souhaite que mon petit mot vous trouve en bonne santé. Bonjour à la Comête et à ses habitants. Une bonne bisette à Grand-mère et à la Tante.
Pour vous mes plus affectueux baisers.
Votre Jeantou.

Confolens le 7 août 1915

Ma chère Maman.

Je te remercie de ta bonne lettre et de son contenu, mais il faut que je te gronde de m’avoir envoyé un mandat : Pourquoi, Je n’en ai pas besoin, je ne dépense pas grand-chose ici, tu as cru bien faire, mais j’ai peur que tu te prives de quelque chose pour moi. Si j’avais besoin de quoique ce soit je te le demanderais. Je vais partir tout à l’heure à Paris pour 48 heures voir Mimile, je serai heureux de l’embrasser, je verrai aussi mon grand Biquet. J’ai eu des nouvelles au sujet de la demande faite par le cousin Ernest pour aller le retrouver, rien à faire. Ne te fais pas de mauvais sang au sujet de Félix avant de savoir ce qu’il est devenu, il peut avoir changer de secteur et ne pas avoir eu le temps de donner de ses nouvelles. Il est peut être prisonnier et bien portant quand même, il y a tant de cas à prévoir. Je te dis, ne te fais pas de fausses idées avant d’avoir des certitudes. Si j’ai de ses nouvelles je te le ferai savoir. Sa dernière carte était du 16 Juillet. Je suis bien heureux de te savoir en meilleure santé, continue à te distraire par des promenades au bras du père la Pipe. Vivement que nous puissions trinquer un bon coup tous réunis, quelle foire ! Je vais bien maintenant. J’ai passé la visite hier et je reste à la Cie mais je commence à me servir du fusil pour faire l’exercice. Je suis ici au moins encore pour un mois ou deux. J’espère que d’ici là il y aura du nouveau pour tous. Je pense que ma carte vous trouvera tous en bonne santé. Je te charge de faire de bonnes bises au père la pipe, à Grand-mère, la Tante.
A toi mes plus affectueux baisers.
Ton Jeantou qui t’aime.

92f11ad13c09f082fcc2958346c3b0ec.jpg


Lettre datant de la fin Août ou du début Septembre 1915
Ma chère petite Maman.

Je te remercie de ta bonne lettre ainsi que du petit brin de bruyère qu’elle contenait. J’ai eu de tes nouvelles par Emile et par Papa et je suis heureux de savoir que tu vas de mieux en mieux.
La présence d’Emile a du te faire beaucoup de bien, j’aurai bien voulu venir pour 48 heures mais nous sommes tenus ici avec une sévérité reconnue …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
Quille chez moi, tu verras ………………tu ne t’ennuieras pas dans mon petit sixième, j’ai une concierge très gentille et elle se fera un plaisir de vous rendre service si vous avez besoin de quoique ce soit. Tu seras près de la famille et je suis persuadé que le changement de vie avec un peu plus de distraction te fera énormément de bien. Quand tu partiras, laisse donc tes papillons noirs à Chamalières, et viens à Paris, d’esprit bien dispos. J’ai eu des nouvelles de Félix, tu as du pouvoir bavarder longuement avec son copain qui est à Royat, tu vois ma petite mère qu’il ne faut jamais désespérer ; Je te disais qu’il était peut-être prisonnier sachant, par expérience, les cas si différents qui peuvent se produire pour amener la disparition d’un homme dans un combat. Emile et Maurice vont bien aussi. Moi j’ai passé une visite il y a 8 jours devant un conseil de réforme, mon état est déclaré chronique et je suis inapte 1 mois en attendant qu’on me constitue un dossier pour la réforme avec pension. Je crois que j’aurai bien du mal à me remettre tout à fait, mais je ne me fais pas de mauvais sang.
Pour l’instant j’ai deux majors doux, quel changement avec celui que nous avions, il est parti par punition aux Dardanelles et nous étions heureux de le voir partir. Je reçois de bonnes nouvelles de mes camarades de régiment qui plus veinard que moi se battent encore. Le glorieux 165ème a eu dernièrement une récompense que beaucoup de régiments peuvent envier. Après plusieurs citations du régiment entier, on vient de lui confier la garde du drapeau d’un régiment qui n’a pas fait son devoir et auquel on a enlevé ce trophée. J’ai de bonnes nouvelles de Madame Pignol et je lui ai transmis tes remerciements. Elle va de temps à autres à Paris et je lui ai dit qu’au cours d’une visite dans la capitale, elle pourrait aller voir Papa à son rayon. Tu pourras aller voir Madame Mesguières et causer avec elle, elle est très gentille ainsi que sa petite Yvonne et son fils Gaston. Vivement que nous ayons le bonheur d’être tous réunis, je crois que ton Jean lapin se cuitera pour la circonstance après la victoire. En attendant je t’envoie ma chère Maman, mes plus affectueux baisers.
Ton fils qui t’aime.






Confolens le 7 Septembre 1915

Chers parents,
Je vous remercie bien de votre dernière lettre et de son contenu. Je l’ai eu Dimanche matin en retard, je ne sais pas pourquoi. J’ai eu des nouvelles de Félix par une lettre qu’il a écrite à Paulette. Il ne peut pas m’écrire au Régiment. Je suis bien content de savoir que ma petite mère va mieux, si je peux m’échapper 48 heures j’irai vous embrasser. Pour l’instant nous avons un commandant qui refuse tout pour être certain de ne pas faire de jaloux. J’espère que mon petit mot vous trouvera en bonne santé, je suis changé de catégorie depuis Vendredi, je suis dans la 2ème catégorie où sont les moins amochés, je resterai là encore un bon moment avant de passer dans une Cie d’aptes pour partir sur le front. Emile va bien, d’après sa dernière carte. Maurice aussi se plait toujours dans son bataillon. J’ai trouvé pour Félix une marraine qui se chargera de lui envoyer des colis très souvent, c’est une personne de Marseille qui déjà quand il était sur le front lui faisait des envois assez régulièrement. Je suis employé au service postal jusqu’au 15 Septembre. Après je ferai l’exercice. Je ne me contente plus de la pêche et avec mon adjudant, nous allons la nuit chercher des perdreaux ou des lapins avec une lampe à acétylène, pas de bruit, pas besoin de fusil et on gagne bien son déjeuner. Je ne me fais pas de mauvais sang puisque nous sommes tous en bonne santé. Il y a eu 1 an hier que j’étais touché et à l’heure où j’écris, j’étais en train de contempler le paysage et d’entendre les marmites siffler autour de moi. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas heureusement.
Bon baisers à tous les habitants du 5 et du 6 rue d’Assas.

Votre fils affectueux.




Chers parents.

Je suis heureux d’avoir reçu une carte de Félix ; Je lui réponds et espère qu’il sera content de me lire. Je n’ai pas de grandes nouvelles à vous annoncer. Une carte d’Emile m’a fait savoir qu’il était venu vous voir pour quelques jours. Maman a dû être heureuse de pouvoir causer avec lui. Il a été à Paris pour revoir sa petite Suzon. J’ai passé une visite Vendredi par un conseil de réforme N°2. J’ai été reconnu inapte encore pendant un mois, je n’ai pas eu de chance, le major qui m’a présenté m’aurait connu un peu plus, j’étais réformé ou mis dans un service auxiliaire. Enfin le mois prochain j’aurai peut- être plus de chance. Je vais me débrouiller pour qu’il me mette en observation et le jour de la visite il pourra expliquer mon cas devenu chronique d’après lui et la commission. J’ai eu des nouvelles de l’oncle Duval hier, la santé de la Tante laisse beaucoup à désirer. Maurice va bien d’après sa dernière carte. Je voudrais bien que Maman regarde si je n’ai pas laissé quand je suis venu un passe montagne avec un chandail, je n’en ai pas besoin encore mais si je dois changer de cantonnement, je n’aurai pas trop chaud la nuit.
L’Oncle m’a parlé que Papa avait fait une demande pour entrer au Bon Marché. Je souhaite que cela réussisse, tu sauras toujours où aller coucher. Si tu veux être tranquille, j’écrirai à ma concierge ou à Maurice pour qu’il donne un sérieux coup de torchon, et cela te permettrait d’être chez toi. Enfin je serais heureux de savoir ce que tu comptes faire. J’espère que ma petite Maman va bien mieux maintenant. Qu’elle ne se fasse plus de mauvais sang puisque nous sommes tous à l’abri pour l’instant.
J’espère que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé, à chacun j’adresse mes plus affectueux baisers.
Votre fils affectueux.

22:50 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1915