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21/03/2008

Les Premières lettres Août et Septembre

Verdun le 6 Août 1914

Chers Parents

Je crois que mes prévisions étaient justes. Je suis pardi Dimanche matin à 9 heures après avoir dit au revoir à Emile et tous les amis de Paris. Je suis arrivé à Verdun le lendemain à 2 h ½ du matin après un voyage de 14 heures. Ici j’ai retrouvé tous mes anciens copains et nous étions heureux de trouver des figures de connaissance. Je suis parti de Paris sans papier à lettre de sorte que je ne pouvais pas vous donner de détails. Maurice vous a peut-^être donné de mes nouvelles je lui ai envoyé une carte sans lui mettre mon adresse. De même pour vous je ne peux pas vous donner d’adresse. Je suis resté lundi et mardi au fort de Lachaume qu’était pris par des artilleurs nous avons couché dans les gaines du fort sur le carreau pendant deux nuits, nous étions pas trop mal nourris, il ne faut pas être trop difficiles. Hier réveil à 3 heures pour partir à 6 heures ½ du soir pour revenir sur Verdun pour coucher à la belle étoile, nous avons juste eu du pain, jamais je n’ai eu aussi froid de ma vie. Malgré tout cela le moral est bon, la seule chose qui nous ennuie c’est que nous n’avons aucune nouvelle. On a tué ce matin à la gare un espion allemand et lundi matin 150 uhlans sont arrivés encerclés par des chasseurs à pied. Les hommes sont à Verdun et les chevaux sont partis à Châlons Nous devons partir demain ou après demain plus en avant de la frontière, l’ennui nous prend à rester inactifs. Les officiers sont très bons pour nous et partagent notre sort. J’espère pour vous que la santé est bonne. Le coup a du être dur pour Maman. Avez-vous eu des nouvelles de Félix, il a du partir aussi mais où ? Nous voyons passer des trains venant de Paris, il en passe toutes les 10 minutes, ce sont des troupes du centre. On m’a dit que le 13ème Corps arrivait à Verdun. On dit aussi que le général d’Amade est renté dans Mulhouse avec deux corps d’armée, je ne crois pas qu’il y ait eu d’action décisive encore. Que d’hommes à cette frontière on ne peut imaginer un tel tableau, les hommes, les bêtes pas ou peu d’habitants, c’est tout ce que l’on voit. J’ai pris mon vélo et attend d’être embauché . Je me demande chers parents de vous tranquilliser à mon sujet, si vous n’avez pas souvent de nouvelles c’est que le temps manque et plus nous avancerons moins souvent je pourrais faire de lettre. Maurice arrivera probablement ces jours ci auprès de vous.
Emile est peut-être par ici, mais nous ne pouvons pas bouger, plus de vin seules les vaches qui doivent être abattues nous donnent du lait.
Je vous quitte chers parents en vous embrassant affectueusement et en vous disant au Revoir.
Pour l’instant je suis au 165ème Régiment d’Infanterie Compagnie Hors cadre à Verdun mais demain je serais peut-être autre part.
Bons baisers à tous.



Verdun le 17 Août 1914


Chers parents.

Je vous écris sans savoir si cette lettre vous arrivera. Je vous ai déjà écrit deux fois mais je n’ai pas de réponse. Maurice ne m’a pas répondu non plus. Je pense que le service postal est seul cause de ce retard.
Tout d’abord tranquillisez vous sur mon compte, nous sommes en réserve à Verdun et ne partirons que si nos troupes pénètrent en Allemagne.
Nos journées sont occupées à faire des tranchées et des abattis. Nous partons au travail à 4h ½ du matin et revenons le soir à 6 heures. Les lignes qui sont devant nous ont eues quelques escarmouches et ont résisté brillamment. Je suis allé plusieurs fois à Verdun, j’ai vu arriver deux trains de blessés, spectacle vraiment triste, après un train de prisonniers Allemands est passé et de la gare nous les avons conduits à la citadelle pour les réexpédier sur Poitiers. Nous n’avons que très rarement des nouvelles, mais ce matin on nous a prévenu que le choc entre armées devait se produire aujourd’hui probablement, nous devons nous tenir prêts à partir et nous attendons le moment avec impatience.
Comment vivez vous à Chamalières, donnez moi des détails ; avez vous des nouvelles d’Emile et de Félix . J’ai reçu des nouvelles de Paris, mais pas de Maurice.
Nous avons vu passer toute la semaine dernière des trains complets de troupes de toutes sortes. Hier nous avons croisé des chasseurs d’Afrique qui allaient cantonner derrière nous.
Depuis deux jours il pleut, nous sommes trempés et les nuits ne sont pas chaudes à rester avec des effets mouillés. Nous sommes assez bien nourris quand la viande est fraîche, mais bien souvent elle vient de loin et est tournée quand elle arrive.
Malgré cela je vais très bien, j’ai pu avoir q. q médicaments à Verdun au cas où je serai malade. Ici il n’y plus de civil, les maisons sont occupées par la troupe et naturellement tout est visité depuis la cave jusqu’au grenier.
Nous avons de bons officiers qui vivent comme nous forcément. Les lettres arrivent avec un retard de huit jours, c’est justement pour cela qu’il ne faut pas vous faire de mauvais sang si vous ne recevez pas de nouvelles de l’un de nous.
J’espère que vos santés sont bonnes, embrassez pour moi l’oncle et la tante. Qu’est devenue Marie -Louise avec son mari ? Donnez moi tous les détails que vous pourrez avoir.
Je vous quitte chers ^parents en vous embrassant bien affectueusement.
Votre fils qui vous aime.

Adresse exacte
165ème Régiment d’Infanterie 8ème Cie
Verdun
Meuse.


31 Août 1914

Chers parents

J’ai reçu en cours de route la carte de papa. J’ai fais un mot à Mr Drault, mais je suis étonné qu’il n’ait pas reçu une lettre de moi.
Nous avons eu le baptême du feu le 25 Août. J’ai pensé que c’était le jour de la Sainte Louise et quoique en retard, j’en profite pour présenter mes meilleurs vœux à Maman. Un peu fatigué, mais malgré cela tout marche bien. Je marche à pied et depuis mon départ mon vélo est garé chez Mr Delacotte rue Neuve à Verdun.
S’il m’arrivait quelque chose réclamez-le à cette adresse. Maurice en connaît le signalement et une fiche est attachée au guidon avec mon nom et mon adresse. Dans votre prochaine carte donnez moi des nouvelles d’Emile et de Félix.
Bons baisers à tous et toutes
Votre fils affectueux.


4 Septembre 1914

Chers parents.

Suis rentré ce matin étant parti depuis le 25 Août. La santé est très bonne, j’espère qu’il en est de même pour vous. J’ai laissé pas mal de kilos sur la route mais ne m’en porte pas plus mal. J’ai eu des nouvelles d’Emile. Paulette m’écrit qu’il est parti depuis mardi. Avez-vous reçue ma dernière lettre dans laquelle je donnais à Maurice l’adresse où j’avais garé mon vélo, la voici : Mons. Delacotte rue Neuve. Verdun. J’ai laissé une fiche après le guidon et Maurice connaît le signalement du cheval. Au cas où je passerai l’arme à gauche vous n’auriez qu’à faire le nécessaire pour l’avoir.
Affectueux baisers à tous et à toutes.

Lettres rédigées après sa blessure


Mercredi 23 Septembre 1914

Chers parents.


Voilà déjà 14 jours que je suis ici, j’espère que vous avez eues mes deux cartes vous donnant de mes nouvelles. Je n’ai encore reçu aucune lettre depuis que je suis là.
La plaie du coté se referme peu à peu, j’ai toujours mal dans le bas ventre, ce sont des élancements quand je me remue, ça ne doit pas être grand-chose, le major ne me donne rien pour cela. Je pense que vous êtes en bonne santé. Le temps me parait bien long, les nuits ne passent pas vite quand on ne dort pas. Nous sommes dans la chambre 24 blessés, il y en a qui crient la nuit, on est réveillé et pour se rendormir c’est bien difficile.
Nous avons quelques nouvelles par les prêtres qui viennent nous voir de temps en temps. Ça marche assez bien et j’ai bon espoir pour le résultat.
Avez-vous des nouvelles d’Emile ? J’ai eu une lettre de lui il y a déjà longtemps, je serais content si je pouvais en avoir de tous.
Que font Papa et Maurice ? Donnez moi des détails, un journal cela me fera passer le temps.
Embrassez Grand-mère et ma tante pour moi, n’oubliez pas l’oncle et la tante Comète, enfin tous les parents.
Je vous quitte chers parents en vous envoyant mes plus affectueux baisers.
Votre fils qui vous aime.

Hôpital militaire N°3-Verdun
165ème 8ème Cie.


Dimanche 4 Octobre 1914

Chère Maman

J’espère que cette lettre te rassurera un peu sur l’état de la santé. Depuis hier on me permet de prendre de la purée soit de riz, soit de pommes de terre très légère, toujours du lait comme boisson.

Le moral est remonté aussi, je reçois des nouvelles d’un peu partout à l’instant on vient de me remettre une carte du 29 de Maurice, il est bien gentil de m’écrire, qu’il le fasse le plus souvent qu’il pourra.

Monsieur Drault m’écrit aussi en me disant que si je peux être envoyé à Paris en convalescence, il me prendra chez lui à ses frais pour me soigner. Je vais lui écrire pour le remercier mais si je peux avoir une convalescence ce sera pour aller vous voir.

A ce point de vue il serait bon que vous m’envoyiez un certificat signé du maire disant que vous pouvez me recevoir pour la durée de ma convalescence.
Je vais tout de même montrer au major la carte de Mr Drault si toutefois j’avais l’autorisation d’y aller je ne refuserais pas. C’est encore une preuve d’affection de la part de Mr Drault.

J’espère ma chère Maman que ma lettre te trouvera en bonne santé. Je te recommande de ne pas te faire de mauvais sang à mon sujet, tu n’as qu’à penser qu’un jour je vais te surprendre pour rester auprès de toi quelques jours. Je n’ai pas reçu de réponse à une lettre adressée à ma marraine.
Je te quitte ma chère Maman en te priant d’embrasser toute la maisonnée pour moi. Fais moi une longue lettre sitôt que tu le pourras, cela me fera plaisir.

En attendant le plaisir d’avoir des nouvelles de vous, je t’envoie ma petite mère mes plus affectueux baisers.

Ton fils qui pense à vous.



Ecrivez moi comme suit.
J. RENOUX Hôpital N°3
Verdun

Commentaires

trés bien ces témoignages de ce courageux soldat !

Écrit par : pierrot le zygo | 22/03/2008

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