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21/03/2008

Hospitalisation à Marseille

Marseille le 8 Octobre 1914


Chers parents.

Je suis arrivé après un petit voyage de 60 heures pendant lesquelles j’ai été pas mal secoué. Je suis à l’Hôtel Dieu et ma foi j’y suis très bien, il n’y a pas de comparaison à faire avec l’hôpital de Verdun. Ici il y a du personnel nombreux, les lits sont doux et il y a du soleil. J’ai toujours mal au ventre mais j’espère qu’étant mieux soigné j’en aurai pas pour longtemps et irai retrouver les camarades.
Nous sommes ici dans une salle immense et tenons à 36. Les infirmiers et dames de la Croix Rouge sont très serviables et nous soignent très bien.
Jamais je n’aurai pensé venir échouer ici. Un moment donné après Lyon il était question que nous devions aller à Nîmes. J’avais pensé déjà à vous faire prévenir pour être au passage à Clermont.
Partout sur le passage du train nous avons été gavés de toutes sortes. Nous emmenions avec nous des prisonniers allemands et un wagon de blessés. Je ne sais pas à quel régime on va me mettre, la visite n’est pas encore passée. Je vous écris après avoir pris mon café avec un petit pain.
Vous voyez chers parents que je ne suis pas à plaindre. Donnez moi souvent de vos nouvelles c’est tout ce que je demande pourvu qu’elles soient bonnes.
Je vais écrire à Monsieur Drault pour le remercier de son invitation et lui donner ma nouvelle adresse.
J’ai des camarades de ma compagnie qui sont venus me voir le jour où je suis parti, j’ai au moins 50 lettres à la Cie mais on ne me les a pas envoyées, je vais écrire pour les avoir le plus vite possible.
Le 6 septembre la compagnie a eue 120 blessés et 12 morts vous voyez que ce n’est pas énorme comme pertes.
Nous avons les journaux très facilement et ce matin j’ai été heureux en voyant que du coté de Verdun les boches étaient repoussés.
J’espère qu’ils vont continuer à reculer et que les circonstances aidant cela finira vite.
Donnez moi beaucoup de détails dans votre prochaine lettre.
Voici mon adresse.
J. R. militaire en traitement à l’Hôtel Dieu
Salle Matignon lit n°9
Marseille.
B. d. R
En attendant le plaisir de vous lire, je vous envoie chers parents pour tous mes meilleurs baisers
Votre fils affectueux.



Marseille le 19 Octobre 1914

Chers parents.

Votre lettre reçue hier soir était attendue, la journée m’a semblé longue, mais j’étais content de vous lire.
Je remercie ma petite mère de sa bonne lettre, allons ! Maman du courage voyons, tu as toujours eu beaucoup de volonté, il ne faut pas te laisser dominer par les évènements quels qu’ils soient.
Je suis bien heureux de te savoir un peu mieux mais jure moi de ne plus te faire de mauvais sang et de laisser ces idées noires de côté.
Si j’ai le bonheur de pouvoir passer à Chamalières je ferai de mon mieux pour te consoler.
Mais ce n’est pas encore que je pense songer à voyager, je ne me lève pas encore et défense express par le major d’essayer de le faire sans ordre.
Je suis maintenant au quart de régime, j’ai droit au café le matin avec une tartine (À midi et au soir) de la purée du potage et de la viande blanche. Hier Dimanche, nous avons eu du café à midi avec le pousse café, cigarette ; à 3 heures bière. Vous voyez que je ne suis pas malheureux.
Mon coté me fait moins mal à condition que je ne me remue pas trop. Je dois cette douleur au manque de soins dès les premiers moments. Personne n’en est cause que les boches. Si j’y retourne, j’espère pouvoir en piquer encore quelques uns. Je reçois des nouvelles d’amis et connaissances en quantité. Je passe mon temps à répondre, cela me fatigue un peu, mais je dors assez bien.
J’ai écris une lettre de 4 pages à Mr Drault lui donnant tous les détails de mes blessures et des soins que l’on me donne. J’écris à Maurice une carte pour qu’il donne de temps en temps de ses nouvelles à Mr Drault- Michel et amis de Paris.
J’ai reçu des lettres de ma marraine, du cousin Ernest, de Marie- Louise et souvent de Paulette et d’Emile.
Je suis bien heureux pour Emile qu’il reste à Versailles. Il demande à partir mais il ne se fait pas une idée de ce que c’est, il a charge d’âmes, sans avoir peur je vous garantis qu’on ne peut pas se faire la moindre idée de ce qu’est une rencontre . J’ai mon carnet sur lequel j’ai le résumé de mes journées passées sur le front, vous verrez par vous-même, si je viens vous voir.
Je vois que mon père la pipe ne reste pas sans travail, cuisinier, femme de chambre, maçon, je voudrais bien être là pour voir flotter « les drapeaux des alliés » sur la construction du Tonton et boire une bonne vieille bouteille à la santé de toute la famille.
Comment faites-vous avec les Rémois ? Grand’ mère et la Tante doivent être heureuse de s’être retrouvées en famille. Souhaitez leur le bonjour de ma part.
Quand vous verrez le Tonton et la Tante embrassez les bien pour moi et dites leur que je pense bien à eux.
Pour ce que Papa me dit au sujet de Félix, Emile m’en a déjà parlé, mais je ne crois pas qu’il ait repris le contact avec la vie ordinaire en faisant la bêtise de ne prévenir personne de son départ de Paris.
J’espère que ma lettre vous trouvera en bonne santé, que Maman m’écrive le plus souvent qu’elle pourra cela lui fera du bien et je répondrai aussitôt.
Que Maurice continue à travailler et à être sérieux, il remplie ses devoirs comme il faut auprès de vous et je le félicite.
Je vous quitte chers parents en vous embrassant tendrement.
Votre fils affectueux.




Sainte Marguerite le 28 Octobre 1914

Chers parents.

Votre lettre m’est arrivée hier soir en retard puisque depuis Samedi j’ai quitté l’Hôtel- Dieu pour aller dans la campagne à l’hôpital Sainte Marguerite. Je suis très bien ici, une belle campagne pour se promener sans avoir à descendre d’escaliers, une nourriture encore meilleure qu’à l’Hôtel- Dieu. Nous avons comme compagnons des orphelins et des vieillards hospitalisés.
Ce sont toujours des infirmières qui nous soignent, mais ici, il y a ceux qui n’ont plus besoin que de repos ou de petits soins ; j’allais bien jusqu’à Lundi et depuis le déjeuner j’ai du me recoucher étant fatigué d’avoir forcé en peu. Il me faut du repos, j’en ai pourtant assez pris depuis bientôt 2 mois, le major m’a dit que j’en avais pour 2 mois ½, mais l’espère bien m’en sortir avant.
Je suis heureux de voir que ma petite mère va mieux, quand j’aurai rejoint mon dépôt pour avoir ma convalo, j’espère pouvoir passer quelques bons jours auprès de vous.
Maurice a été bien gentil de me faire un mot mais je suis comme Paulette et crois qu’il a la main droite gelée, allons mon vieux Biquet donne moi plus de détails sur ta vie dans ta prochaine lettre.
Je remercie également Grand- Mère et ma tante de leurs bons vœux, à mon tour je leur souhaite une bonne santé et les embrasse bien fort en attendant de le faire pour de bon. J’ai fait un mot à l’oncle François et à Marie- Louise.
Paulette m’a envoyé des chaussettes, une chemise et une flanelle. J’en suis très content car mon linge, ma montre et beaucoup de papiers sont restés sur le champ de bataille.
J’ai eu de bonnes nouvelles d’Emile. Je ne crois pas qu’il soit encore prêt à partir puisqu’il dit qu’il n’y a pas de chevaux pour le moment .
Quant à Félix donnez-lui de mes nouvelles. Je ne pense pas lui écrire, mais dites lui que j’aimerai avoir de ses nouvelles.
Il faut que Papa soigne son rhume, le vin chaud au sucre était mon remède infaillible. Je crois que Mrs les Boches en prennent plein les reins et serais bien heureux de les voir rentrer chez eux, il n’y en aura pas pour longtemps maintenant, ils reculent et les copains se feront une joie de les exciter avec la baïonnette.
Je voudrais bien en être, mais je ne crois pas avoir ce bonheur là. Dites moi dans votre prochaine lettre où est mon dépôt, il était à Lille, mais maintenant je ne sais pas où il est.
Je pense que ma lettre vous trouvera en bonne santé ; Je vous embrasse affectueusement.
Votre petit gars qui pense à vous.



Sainte Marguerite le 4 Novembre 1914

Chers parents.

Je suis dans ma chaise longue et je suis heureux de pouvoir causer un peu avec vous.
Je me suis senti fatigué la semaine dernière et j’ai repris le lit pendant 8 jours mais depuis hier on m’a permis de me lever à nouveau.
Je vais faire attention à ne pas trop brusquer pour ne pas retomber une 3ème fois.
J’ai su par une lettre de Tonton que ma petite mère allait mieux et le petit père la pipe avait profité de la Toussaint pour enterrer son rhume.
Je suis sûr que ma petite mère a profité de la Toussaint pour aller à la messe et prier pour les pauvres camarades qui sont tombés là-bas. J’aurais bien voulu pouvoir y aller aussi mais de mon lit je ne l’ai pas oubliés. J’ai de bonnes nouvelles de Paris venant de ma marraine et de Mr Drault.
J’ai le plaisir de vous annoncer que je n’aurai pas besoin d’aller à mon dépôt pour avoir ma convalescence. Les blessés soignés à Marseille et devant quitter l’hôpital vont dans un dépôt à Marseille où il est formé 3 sections. 1ère -Ceux qui peuvent retourner au feu sous peu -
2ème -Ceux qui ont une convalescence- 3ème -Ceux qui doivent être réformés.
Pour avoir droit à la convalo, il faut comme je l’avais demandé à Papa que vous fassiez une lettre demandant à m’avoir chez vous pour achever de me rétablir et que vous vous chargez de tous les frais que peut occasionner ma présence.
Faire signer cette lettre par le maire et me l’envoyer même avant que je sois sorti de l’hôpital.
La convalo datant du jour où elle m’est accordée, si je n’ai pas ce certificat c’est autant de perdu tant que je ne l’ai pas.
Je ne sortirai de l’hôpital que complètement guéri, je ne veux pas m’exposer à être embête plus tard avec cette blessure. Le major a mesuré avant-hier la longueur de trajet de la balle, 32 centimètres.
J’ai fait venir par mon camarade Gaston mon chandail et un gilet. Paulette m’a envoyé une ceinture de Flanelle et des chaussettes tricotées par Me Astier.
Il fait bon ici, mais depuis quelques jours nous avons de la pluie.
Dans une lettre d’Emile, il me dit qu’il n’a pas eu de vos nouvelles depuis longtemps et ne sait pas à quoi attribuer ce silence.
Si vous avez des nouvelles de Félix, donnez m’en et si vous lui écrivez donnez-lui mon adresse ici et dites lui qu’il m’écrive.
J’espère que Maurice travaille toujours et qu’il se comporte bien.
Pensant que ma lettre vous trouvera en bonne santé, je vous embrasse tous affectueusement.



Sainte Marguerite le 11-11-1914
Chers parents

Suis très content d’avoir eu de bonnes nouvelles de vous, j’ai reçu ce matin le certificat. Je quitte Sainte Marguerite Vendredi matin pour retourner à l’Hôtel –Dieu. Nous avons eu hier la visite d’un général qui m’a causé assez longtemps et m’a proposé pour une longue convalescence sitôt que mon état le permettra.
Je pense que Maman est complètement rétablie. Je vous donnerai des détails sur mon nouveau stage à l’Hôtel- Dieu. Je vous quitte en vous embrassant affectueusement.
Votre fils affectueux.

Hôtel- Dieu Salle du Vair N°29 Marseille.


Marseille le 20 Nov. 1914

Chers parents.

J’ai reçu ce matin votre lettre collective qui m’a fait bien plaisir.
J’avais demandé à Maurice si Papa pourrait venir me voir maintenant que les Cies de chemin de fer accordent 75% de réduction. Je l’avais fait croyant que j’allais subir une opération mais heureusement je passe à coté. Le cousin Georges s’est occupé de moi pour me faire venir à Paris, et il y a 3 jours j’ai eu la visite d’un monsieur porteur d’une lettre du général Cherfils demandant au major chef si mon état permettait mon transport à Paris. Le Major m’a demandé si je voulais y aller mais j’aime mieux rester ici pour l’instant.
La démarche a fait que j’ai été examiné soigneusement par le chef, il était très indécis, ne sachant pas si je devais être opéré ou laissé dans le même état.
Il m’a fait marcher pendant deux jours, et une fois ma promenade finie, la température était prise, si j’avais eu de la fièvre, j’étais opéré, mais je n’en ai pas eu.
Ce matin à la visite, il m’a annoncé que je pouvais me tranquiliser et que je ne pourrai rien faire que de me promener un peu pendant au moins trois mois. Je me redresse un peu mieux. Il m’a avoué que je revenais de loin à cause de l’entrée de la balle située à peine à 1 centimètre de la colonne vertébrale. Le trajet en séton a fait que la balle n’a que frolé la colonne, sans quoi je serais parti pour le grand voyage.
Je vais demander si je peux partir en convalescence et s’il est possible de partager la période en deux, une partie pour Chamalières et l’autre pour Paris. Je ne veux pas vous occasionner de frais, il faut être raisonnable, je resterai un moment avec vous, mais vous avez assez de charges sans moi.
Mr Drault m’a offert plusieurs fois de venir chez lui, vous le connaissez assez pour savoir qu’il le fait de bon cœur.
Donnez moi votre avis sur cette question mais, je vous le répète qu’il faut penser à vous pour le moment.
J’ai écrit hier à la cousine Henriette, elle m’avait envoyé 5F pour mon tabac, et je l’ai chargé de transmettre mes remerciements au cousin Georges pour s’être occupé de moi.
Je suis heureux de savoir ma petite mère de mieux en mieux, J’ai appris la mort glorieuse d’un de mes camarades sportifs, Maurice doit le connaître, c’est Mas, tombé à Croyons dans la Meuse. Hubert Delanoë m’a écrit, il a passé au travers aussi et a été sauvé par son guidon et sa gamelle traversés par une balle.
Je suis content d’être fixé sur mon état, on ne m’a pas reparlé de la réforme et je ne m’en inquiète pas pour l’instant.
Je remercie papa de ses tuyaux, ils ne sont pas perdus et serviront aux copains.
J’ai mon voisin qui est bien touché, il miaule toute la nuit et en me voyant écrire, il me demande de l’eau pour qu’il puisse écrire aussi, il ne peut pas bouger, il a reçu des shrapnells un peu partout. Vous pouvez juger qu’on est heureux d’être encore dans mon état en voyant ces tableaux inoubliables que je vous conterai quand j’irai vous embrasser affectueusement.
Votre fils qui vous aime.


Le général CHERFILS dont Parle Jean RENOUX a écrit de nombreux ouvrages avant et pendant la guerre de 1914, on trouvera à la suite de cette lettre un aperçu de « son oeuvre » qui, aujourd’hui encore, figure dans le bêtisier de la littérature militaire
La guerre est d'essence divine. Elle est la saignée qui rétablit la santé du monde congestionné de mauvais désirs. Elle est encore l'exutoire par quoi se rétablit l'équilibre de la surproduction de l'espèce chez les races saines et bien portantes. Les peuples ne désarmeront jamais, heureusement pour leur grandeur morale et pour la beauté de leur civilisation.
Le pacifisme conduit à l'antimilitarisme, l'antimilitarisme à l'antipatriotisme et ce dernier au néant, où s'effondrerait la patrie. A un poison aussi mortel, il faut appliquer un antidote. L'antidote du pacifisme, c'est le militarisme, c'est-à-dire le culte de respect, de confiance et d'honneur dont il faut entourer l'armée. Méditons la prophétique parole du philosophe: «Quand un peuple montre pour la guerre une horreur coupable, Dieu le change en un peuple femme et lui envoie un vainqueur qui le viole.» Ne devenons pas le peuple femelle que l'on viole. Restons le peuple mâle capable d'attaquer pour mieux se défendre, le peuple de nos seize siècles d'histoire; gardons les vertus guerrières qui ont fait la France et qui peuvent seules la maintenir terrible et respectée. On ne respecte que les forts.
Général CHERFILS.
Marseille le 17 Dec. 1914



Chers parents.


J’ai reçu votre bonne lettre et j’étais bien heureux d’avoir de vos nouvelles.
Je suis un peu paresseux pour écrire, je reçois beaucoup de lettres de clientes que mon second visite et à qui il a appris mon état.
Je vais être obligé de prendre un secrétaire particulier.
J’ai eu des nouvelles de Félix hier soir, une carte d’Henriette me disait qu’il avait quitté l’Argonne pour une destination inconnue. Pas de nouvelle d’Emile ; Je souhaite que les débuts n’aient pas été trop durs pour lui.
Monsieur Drault est mobilisé depuis le 12 il garde les voies en Seine & Marne, Madame Drault dirige la maison de commerce . Quel changement de vie d’un coup.
Monsieur Michel m’a écrit et demande que Maurice lui fasse un mot.
Vous avez dû recevoir deux bulletins de santé, ne faites pas trop attention à ce qu’on marque dessus, ce sont des externes qui font ce travail et ils ne connaissent pas très bien les malades.
J’attends à chaque instant l’opération qui doit me libérer de ces élancements que je ressens toujours quand je suis fatigué.
Je continue à me lever mais je suis toujours en observation cette semaine. J’ai pris une purge 60 gr d’huile de ricin, voyez l’apéritif. J’ai de la température c’est ce qui laisse au major l’intention de regarder ce que j’ai dans l’armoire.
Je suis très gai et j’ai fait prendre plusieurs crises aux copains. Déguisements en infirmière en autre.
Nous avons un concert tous les mercredis. J’ai la visite d’une dame travaillant chez un ancien client et un ami représentant de Commerce à Paris., sergent à Marseille. Ces visites me font passer de bons moments. Je souffre surtout la nuit quand je suis dans une fausse position.
Nous recevons des blessés depuis quelques jours, ils ont meilleures mines que ceux tombés en Août ou en Septembre, ils disent être bien nourris et bien soignés, mais ils arrivent dans des états de saleté effrayants. Plusieurs arrivés hier avaient 3 chandails, 2 flanelles, 1 chemise, un veston et la capote, il ne doit pas faire chaud à la belle étoile. Un a les deux pieds gelés d’être resté 11 heures consécutives de faction dans la neige, il souffre terriblement.
Nous avons arrangé un petit concert pour le Réveillon, il faut bien se distraire et surtout distraire les copains qui ont le cafard.
J’espère que vos santés sont bonnes
Veuillez m’excuser auprès du Tonton si je ne lui ai pas écrit depuis quelque temps mais mes lettres sont pour tous.
Je souhaite à Papa de trouver une bonne place où il pourra rester.
Je charge ma petite mère de faire distribuer des baisers que je vous envoie à tous.
Votre petit fils, neveu, fils, frère affectueux.

Pour Maurice
Monsieur Drault.
13ème Territorial (Section- Garde Voies Communications)
à Rouvres par Saint Mard Seine et Marne
Section A groupe 5
Secteur B poste 4

Monsieur Michel 28 rue des Peupliers
Bois- Colombes (Seine)


Marseille le 29 décembre 1914

Chers parents

J’ai reçu ce matin la longue et bonne lettre de ma petite mère et je me dépêche d’y répondre. Tout d’abord pour présenter à chacun mes meilleurs vœux et souhaits pour 1915.
C e que je souhaite surtout c’est que la victoire nous amène la paix et la tranquillité et que nous nous retrouvions tous réunis.
J’ai su avant-hier par une lettre de Paulette que Félix avait les pieds gelés, je le plains bien.
Il y a dans ma salle un homme qui est comme lui et il a bien souffert tant que la gelure n’était pas passée. Maintenant il va mieux, mais tout dépend du degré de la gelure.
Je suis navré que Papa n’ait rien trouvé, comme la vie doit être dure dans ces moments. Enfin, il ne faut pas désespérer, il y a de plus malheureux qui sont loin de chez eux, nous avons ici beaucoup de réfugiés et quelques uns sont très malheureux.
Je n’ai pas eu de nouvelles d’Emile qu’indirectement, je comprends qu’il n’ait pas beaucoup le temps d’écrire sur le front. Espérons qu’il sera plus heureux que Félix et que moi.
J’ai eu une lettre de Mr Drault dans laquelle il me dit qu’il était très heureux d’avoir une lettre de Maurice et qu’il allait lui répondre. Il n’est pas tout à fait à son aise pour garder les voies et à son âge cela se comprend. Maman peut écrire à Mr Drault mais je ne crois pas que ce soit la peine d’écrire à Madame Drault qui est très occupée avec le magasin, l’hôpital et son intérieur.
Je serais content si les démarches auprès de l’oncle Duval aboutissaient pour ce pauvre Félix. Je lui écrit en lui disant qu’à Marseille nous n’avions que des blessés de l’Argonne et que s’il était évacué sur Marseille qu’il demande à venir à l’Hôtel- Dieu près de moi. Comme je serais heureux de pouvoir vivre un peu près de lui.
J’ai reçu la photo de Suzanne , quelle belle petite fille, je trouve qu’elle me ressemble pas mal, qu’en pensez-vous ?
Je vous prie d’excuser ma mauvaise écriture mais je suis couché depuis ce matin.
Je suis en préparation pour être opéré ces jours -ci. Le major a trouvé que j’avais un bouchon dans le coté gauche du ventre, il m’a dit qu’il me ferait une incision et qu’il laisserait un drain. Me voilà avec un bout de caoutchouc pour mes étrennes. Il m’est expressément défendu de me lever ; J’avais passé un Noël assez bon, nous avons été gâtés comme des gosses. Amélioration de l’ordinaire si bien que je n’ai pas pu manger de tout.
Surtout ne vous faites pas de mauvais sang à mon sujet, je vous écrirai quand l’opération sera faite. J’espère que Maurice est toujours content dans sa nouvelle maison.
Je vous charge de présenter mes souhaits à Grand- mère et à ma tante, mes lettres sont pour tous, les nouvelles que je donne ne sont pas très intéressantes, mais faute d’actualités je ne peux faire autrement.
Je vous envois à chacun mes plus affectueux baisers.
Votre fils qui vous aime.



Correspondance de guerre de Jean RENOUX


Lettres de 1915.


Marseille le 17 Janvier 1915

Chers parents.

J’ai été bien heureux d’avoir la longue lettre de Papa me donnant sur vous des détails que j’attendais avec impatience.
Tout d’abord je suis heureux content que l’emploi sollicité par Papa ait été obtenu et j’espère qu’il sera stable et donnera tout ce que vous espérez.
Il faut souhaiter que le mieux qui s’était produit dans la santé de Maman continuera, il faut avoir la force d’âme devant ces mauvais jours et espérer voir des meilleurs moments.
J’ai eu ce matin de très bonnes nouvelles d’Emile ; de son coté, les opérations sont assez calmes en ce moment. Félix commence à marcher avec des béquilles, mais il souffre encore, il en aura pour un bon bout de temps à se remettre complètement.
Que Maurice continue , il aura la veine d’aller garder les « Gretchens » à Berlin et de tarabuster au feu les Boches récalcitrants.
Nous avons depuis quelques jours un soleil très chaud et je passe mes après midi sur la chaise longue et sous les pins en plein soleil.
Je ne sais pas quand je serai opéré ; mais tranquillisez-vous, je vous préviendrai aussitôt. Je suis très bien, j’ai bonne mine et j’ai engraissé un peu. Il n’y a que quand je marche et le soir que j’ai mal dans le bidon.
Le major veut me garder comme graine probablement, il me montre comme cas intéressant chaque fois « qu’une grosse légume vient visiter l’hôpital ».
D’après leurs conversations je suis un phénomène d’avoir résisté. Maurice me connaît comme phénomène, et ce n’est pas un Boche qui me fera mourir (je partirai pour le grand voyage quand je voudrai).
J’ai de bonnes nouvelles de la famille Duval ainsi que de Mr Drault qui est revenu comme comptable à son hôpital Lutetia.
Je profite de ma lettre pour souhaiter à mon paternel une bonne fête et surtout une bonne santé.
Que ma petite mère ne se fasse pas de mauvais sang à mon sujet, je lui ferai bientôt une bonne surprise.
Je souhaite à Grand- mère et à la Tante de continuer à faire comme les Français (toujours solides)
Je vous envoie pour tous mes plus affectueux baisers.
Votre…..




Marseille le 9 Février 1915

Chère Maman.

J’ai été heureux de te lire et la lettre d’Emile m’a fait bien plaisir, je reçois de Paulette des lettres très gentilles et si j’ai le bonheur de disposer de quelques semaines j’irai passer q.q jours près d’elle.
Tu as raison ma chère Maman de ne pas attacher trop d’importance à tout ce qui se passe, continue à te reposer l’esprit. Tu as maintenant des soucis qui sont passés, il faut regarder les meilleurs jours et les espérer.
J’ai eu cette semaine des nouvelles de Félix et d’Emile. Félix me dit qu’il a été pris par la dysenterie et il me demande de lui envoyer q.q douceurs ; je lui ferai un petit paquet Samedi. Emile ne se plaint pas, au contraire, il me dit qu’il fait beau à Nieuport.
J’attendais de la part de Maurice un petit mot me disant que les balles Boches lui avaient fait plaisir. Je te demande ma chère Maman de bien mettre celle que j’ai reçue de coté, j’en ferai faire une breloque souvenir, tu comprends que j’y tienne tant.
Je n’ai pas eu de réponse à la lettre que j’avais écrite pour la fête de Papa.
Rien de nouveau quant à ma convalescence, je reste à l’Hôtel- Dieu pour l’instant et j’ai su que je n’étais pas prêt d’en sortir, le major croit et dit que je suis le neveu du général Cherfils, je suis donc sujet à toutes prévenances, tant que j’aurai mal je profiterai de cet état de choses.
J’avais écrit à Mr Drault pour savoir si je pouvais revenir à Paris dans son hôpital mais une circulaire interdit le changement d’un blessé soigné dans un hôpital de Province pour revenir à Paris.
Je suis sorti Dimanche, étant invité avec Léon chez les dames qui demeurent en face l’hôpital. Nous avons déjeuné avec Mlle Couade, rien de nouveau pour elle, il faut attendre.
Il y eu des changements dans le personnel infirmier ces jours-ci.
Madame Borie s’excuse de ne pas t’avoir répondu, ta carte lui a fait bien plaisir, elle me charge ainsi que toutes les dames que tu connais ici, de te présenter leurs amitiés.
J’espère que Papa est toujours content de son emploi, je voudrai bien avoir des détails à ce sujet.
Je pense que Maurice me gratifiera d’une babillarde, me donnant un aperçu de ses nombreuses occupations ; J’ai reçu la nouvelle de la mort d’un de mes copains, un bon collègue, marié depuis 3 ans, sa femme est folle de douleur. Maurice le connaît peut-être, Germain de chez Roubaudi. Egalement des Nlles de Mrs André Godieaux, Caron, Lamare, Michel etc.….
Je souhaite que toutes les santés soient bonnes. Je te charge ma petite mère d’embrasser Grand-mère et la Tante de ma part.
A chacun et à toi mes plus affectueux baisers.
Ton fils Dévoué


P. S : Tu peux écrire à Mr Drault et j’accepterai volontiers une bathe saucisse.
J’ai été ce matin voir l’oculiste pour avoir une paire de lunettes, il m’a examiné pendant 25 minutes. Ci-joint le diagnostic de ma blessure, à garder.



Sainte Marguerite le 5 Avril 1915

Chère Maman.

Je suis revenu à saint Marguerite depuis le 24 Mars. La lettre du 28 n’est arrivée que Vendredi ici et j’attendais la fin des fêtes pour t’écrire.
Je vais très bien, ma grippe intestinale est passée et j’étais heureux de quitter l’H.- D. il y avait une épidémie de typhoïde qui sévissait sérieusement.
Au grand air toute la journée ; l’appétit est revenu un peu, je me force un peu mais ça me fait du bien.
J’ai une dame très gentille qui m’envoie des œufs frais tous les 2 jours, j’en gobe 6 tous les matins. Mon ventre me fait mal que quand je marche beaucoup ou que le temps est pour changer.
Aujourd’hui il fait un temps idéal. Hier je me suis promené toute la journée, à la messe le matin, après casse-croûte, déjeuner épatant, et sortie avec des copains pour aller au bord de la mer à pied.
Nous avons du vin à 0,20 franc le litre, il est très bon et je n’ai pas d’attrapé la typhoïde.
La lettre de Papa m’a fait bien plaisir, le sachant content de son emploi, je souhaite que tout réussisse.
Félix et Emile m’ont donné de bonnes nouvelles de leurs santés.
J’espère que Maurice est remis de son indisposition. Et toi ma petite mère, comment vas-tu ?
Il faut tuer tous les papillons noirs et te distraire le plus possible.
Il ne faut pas te faire de mauvais sang, tous tes gars sont solides et comptent bien fêter le retour ; (je crois que ce jour là, il y aura du vent dans les voiles).
J’ai écrit à l’oncle Duval cette semaine en lui donnant beaucoup de détails. Au sujet de ma convalescence rien de nouveau, je devais partir au dépôt au lieu de revenir ici, mais la complaisance du major m’a fait venir me refaire un peu au soleil.
Nous sommes très libres ici, les journées passent plus vite qu’à l’H- D.
Demain je vais déjeuner chez Madame Borie qui me charge ainsi que les personnes de connaissance de te présenter ses amitiés.
Embrasse bien Grand-mère et la Tante pour moi, ainsi que Papa et le Biquet et garde de ton Jean les meilleurs et affectueux baisers.


Hospice Ste Marguerite- salle de Castelneau 22
Ste Marguerite B. du Rhône

Je commence le 8ème mois demain !





Il s’agit de la dernière lettre (en notre possession) expédiée de Marseille que Jean RENOUX va quitter pour Confolens en Charente où se situe le dépôt du 165ème Régiment d’Infanterie.

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