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21/03/2008

Convalescence à Confolens

Confolens le 13 Mai 1915

Chers parents.

J’ai reçu hier soir mes photos de Marseille, j’espère que celle-là vous fera plaisir. J’ai eu des nouvelles de Maurice par Mr Drault et ma marraine mais j’ignore encore son adresse. Comment va ma petite mère la pipe, il y a bon je pense. Pas de coup de cafard puisque tout le monde est en bonne santé.
Pour mon compte, j’ai repris l’habitude de coucher sur la dure et je ne plains pas trop. Nous avons des demandes de renfort très souvent. Il part Samedi 200 hommes pour le 165 au bois de Consenvoye et Lundi 400 au 110ème d’infanterie aux Eparges. J’ai retrouvé plusieurs copains blessés le même jour que moi et le soir après la soupe nous nous retrouvons pour causer un peu des misères de chacun. Un type de ma classe blessé le 6 Septembre comme moi a été pris par les Boches et est resté 6 jours avec eux à Clermont en Argonne, il a été …….
J’ai du vous dire que j’avais 15 jours de repos, mais malgré cela nous sommes tenus à assister aux théories qui nous rasent et nous faisons une promenade le matin et une le soir pour nous remettre un peu dans l’axe.
Aujourd’hui repos depuis 8 heures ¼ du matin, j’ai confectionné une bonne omelette au lard pour changer un peu du bœuf et ce soir je casserai la croûte à l’auberge.
Hier de 4 à 5 h du soir j’ai pris une friture de 16 poissons assez beaux et je me les suis envoyés avec le sourire.
J’ai reçu hier des livres de Madame Pignol et une bonne lettre. Beaucoup de cartes d’amis et d’amies de Marseille. A bientôt un petit mot de vous me donnant de bonnes nouvelles.
Rien reçu d’Emile et de Félix
Bons baisers de votre fils affectueux,…………………………….




Confolens le 26 Mai 1915


Ma chère Maman

Ton petit mot reçu Lundi m’a fait beaucoup de peine en te voyant tourmentée encore à mon sujet. Ne te fais pas de mauvais sang, je ne suis pas prêt de partir. J’ai été reconnu apte à faire campagne, il y a beaucoup de demandes d’hommes mais on ne veut pas me laisser partir comme je suis en ce moment.
Hier encore j’ai été voir le major, il m’a donné 8 jours de repos et ce ne sont pas les derniers. Que veux-tu ma petite mère il n’y a rien à faire.
J’aimerai mieux pouvoir me soigner chez moi que d’être seul ici, mais il faut songer que je ne suis pas le seul à ne pas avoir tout ce qu’il me faut, ceux qui sont comme mes frangins sont plus à plaindre que moi.
Donc ne te fais pas de mauvais sang. Je sais que tu nous aimes tous, et chacun de nous en est au même point que nous. Ne te rends pas malheureuse inutilement puisque chacun de nous est encore là et en bonne santé. J’ai eu de bonnes nouvelles de mes trois frangins, tous heureux de leur sort malgré la fatigue et l’ennui d’être loin des leurs. Maurice est surveillé par MR Drault qui s’occupera de lui tout spécialement. Il veut l’avoir tous les 15 jours pour la journée du Dimanche s’il peut avoir une permission. Un autre Dimanche il ira chez l’oncle Duval ou autre part, tu vois qu’il ne sera pas à plaindre ni trop seul pour être tenté par quoi que ce soit.
Du reste il est assez sérieux pour être très raisonnable, étant élève caporal il aura encore plus de temps à rester au dépôt pour se former complètement et avec l’entrée des Italiens dans la danse il faut espérer que l’action sera activée pour nous donner la victoire et une paix, désirée par tous, prochaine.
Je m’ennuie toujours dans mon trou de pays. Je n’ai qu’à aller à la promenade des blessés matin et soir, mais je me tire des jambes pour ne pas y aller quand j’ai à écrire. J’ai installé à l’ombre d’un gros arbre une petite table faite d’une planche et de deux piquets, une souche d’arbre me sert de siège et je t’écris sans me faire de bile et en contemplant de l’autre coté des femmes qui lavent à la Vienne.
Hier après midi je n’ai fait que pêcher et j’ai mangé le soir une bonne petite friture qui ne devait rien à personne.
Tu vois je ne suis pas à plaindre. L’écurie me dégoûte pour y coucher, comme il fait très bon maintenant nous avons fait des hamacs avec nos couvertures et nous couchons suspendus aux branches des arbres en fumant une bonne cigarette pour nous endormir.
Tu ne m’as pas dit si tu avais reçu ma photo, comment la trouves-tu ?
Donne m’en des nouvelles et fais moi une longue lettre pour me montrer que tu n’es plus aussi triste. Papa est-il toujours content de son travail, oui, j’espère.
Vous avez dû, s’il a été libre un de ces jours de fêtes, aller faire une petite ballade, racontes là moi, ça me fera plaisir.
J’ai reçu une carte du Tonton et je vais lui répondre. J’ai reçu beaucoup de cartes et de lettres des amies de Marseille, les dames que tu connais te souhaitent toutes le bonjour.
Mlle Couade est rétablie et j’en suis bien heureux pour elle, elle a été si dévouée pour moi.
Mme Pignol m’écrit souvent et m’a déjà envoyé des livres et un colis ainsi qu’à Félix.
Dimanche j’ai fait une petite bombe avec les copains que j’ai retrouvés ici et nous étions trois boiteux, un autre qui a eu le canal de la vessie coupé et deux autres blessés avec nous le 6 Septembre. Nous avons fait un bon déjeuner 1h35 et après avoir fumé un cigare, nous avons été faire un tour en ville avant de nous retrouver à table pour dîner comme le matin. Lundi il faisait orage, je suis resté à l’écurie et ai juste été manger dehors une bonne omelette à l’oignon et des petits pois nouveaux.


Je te charge ma petite mère d’embrasser pour moi, mon père la pipe, Grand-mère la pipe, ma Tante la pipe et tous les parents de ton Jean la cigarette.

Pour toi ma petite mère la pipe une grosse bisette. Ton gars affectueux.



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Photo de Jean RENOUX prise à Marseille


Confolens le 6 Juin 1915


Mon cher Papa.

Je suis bien heureux de t’avoir lu, mais j’avais de la peine en sachant Maman reprise par ses idées noires. Heureusement une bonne lettre écrite par elle m’a fait beaucoup plaisir et je vois que tu t’emploies de ton mieux à la distraire et à lui changer les idées, c’est ce qu’il y a de meilleur pour elle.
J’ai reçu hier une carte d’Emile me disant qu’il avait de la conjonctivite à l’œil gauche, j’espère que ce ne sera rien de grave.
De Félix pas de nouvelles depuis une huitaine mais j’espère que ce n’est qu’un retard. Maurice est très content, tant mieux pour lui, il a de grandes chances je crois de ne pas aller voir les Boches. Avec les Crispis et les états balkaniques qui vont taper j’espère qu’on viendra à dompter la N…. de Guillaume.
Depuis une huitaine il y a encore eu du nouveau ici, tous les blessés ont passés une visite, on a été classés en 3 catégories-1er inaptes- 2ème pouvant faire un peu d’exercice avec beaucoup de repos et 3ème ceux qui peuvent subir un commencement d’entraînement. J’ai été mis dans la 1ère catégorie et j’ai quitté Confolens pour aller dans un château des environ où je suis mieux que dans mon écurie. Je me promène du matin au soir, mais c’est la nourriture qui ne va pas, j’ai trouvé une ferme où je peux avoir des œufs et du lait et je délaisse le bœuf aux pommes très souvent.
J’ai été vacciné contre la typhoïde pour la 1ère fois Lundi, pendant trois jours j’ai du rester couché avec la fièvre et un beau mal de tête. Je dois y passer encore 3 fois.
Hier on m’a remis mon livret militaire perdu depuis le 6 septembre, il a dû rester un moment sur le champ de bataille car il est tout déteint.
Comme distraction nous avons juste la pêche, nous avons deux étangs et j’ai déjà sorti de belles pièces 1 brochet qui pesait 1livre et demie et quelques belles touches. La Vienne passe à 2 kilomètres et si nous étions libres de bonne heure le Dimanche nous irions mais nous sommes tenus.
Je pense que tu es toujours content chez ton patron. Monsieur Drault me donne des détails sur l’emploi du temps de Maurice et il n’est pas le plus à plaindre.
Que dit le Tonton de l’entrée des Crispi, Louis est-il parti, si oui l’oncle a du pousser un soupir de soulagement.
Je n’ai pas répondu à la lettre de Maman, dis moi si je dois le faire, si son état le permet, j’espère que les papillons noirs sont partis pour toujours.
Paulette m’a écrit une longue lettre me disant qu’elle s’ennuyait bien de sa petite Suzon et de son Minet. Egalement une carte de l’oncle Duval me demandant des détails sur ma vie de Charentais.
Je compte passer une visite la semaine prochaine et je crois que le major me laissera dans la 1ère catégorie.
A part cela rien d’autre à signaler. Je pense que ma lettre trouvera toute la famille la pipe en bonne santé. Je te charge mon cher Papa d’embrasser tout le monde de ma part.
Reçois de ton Jean ses plus affectueux baisers.

(165ème – 32 e Château du Tiers
Confolens- Charente)


Confolens le 29 Juin 1915


Chers parents.


J’ai été très heureux de recevoir la bonne lettre de Papa et surtout les quelques lignes de ma petite mère pour me souhaiter ma fête. J’espère que l’année prochaine je la passerai un peu plus joyeusement.
La place que Papa a trouvée est très bonne et j’espère qu’elle ne sera pas au dessus de ses connaissances et aptitudes. Plus de liberté et moins de fatigues et un salaire plus fort, je crois que vous ne trouverez pas mieux.
Je suis bien peiné de savoir ma petite mère encore nerveuse, il faut prendre la ferme résolution de ne plus vivre dans le noir, nous sommes tous en bon état général, il ne faut pas s’inquiéter, le moteur est toujours bon, encore un peu de repos et tout ira bien. Félix m’a envoyé un mot pour ma fête et il me disait que tout allait bien pour lui. Emile a changé et fait sa saison en Bretagne, quel veinard, notre Biquet national vient de m’envoyer une lettre me disant qu’il cyclerait toujours si on ne l’arrêtait pas, il est heureux de se souvenir des bonnes balades faites avec son mentor et ses copains.
Je lui souhaite de rester encore longtemps au dépôt. Depuis ma dernière lettre j’ai passé trois ou quatre visites et j’en suis toujours sorti inapte N°1, je dois encore passer devant une commission de 3 majors dans le courant de Juillet, mais je me doute déjà de ce qu’ils diront ; « Apte à faire campagne disponible » sans me regarder ni me visiter. Heureusement que le major et le chef ne veulent pas me laisser partir, sans quoi il y aurait déjà longtemps que je serais retourné sur le front. Je suis fonctionnaire caporal en attendant les galons, je préfère les laisser et rester où je suis pour l’instant. Je suis tranquille, bien avec les sous- off, je n’ai qu’à commander les corvées où il n’y a pas à marcher, en dehors de la promenade journalière du matin.
Nous partons à 5h ½ et rentrons au cantonnement pour 9 heures après avoir fait une bonne pose de 2 heures en plein air. Nous jouons aux cartes, ou nous allons dans les fermes vider quelques bouteilles de cidre en cassant la tête à un morceau de fromage. Je suis devenu gras comme un compagnon de St Antoine et si ce n’était la monotonie des journées tout irait bien.
A chaque instant nous avons des demandes de renfort mais il n’y a guère de volontaires à la 32è me
Je reçois toujours des nouvelles de Marseille et toutes me chargent de présenter leur bon souvenir à Maman.
Le cousin Ernest m’a envoyé cette semaine une carte me demandant de nos nouvelles à tous, je lui répondrai à son tour, j’entretiens une correspondance extraordinaire et si je continue je vais être obligé d’acheter une machine à écrire. J’ai eu des nouvelles des deux frères Guy, l’un du coté d’Arras comme cyclo et n’ayant pas encore tiré un coup de fusil et l’autre, maître pointeur dans l’artillerie lourde, envoie des pruneaux aux Boches en guise de comprimés d’opium, pour les faire dormir. Leur frère aîné venu du Canada pour la guerre est prisonnier depuis un mois. Tous deux vous envoient le bonjour. Paulette a été voir son Minet à Albertville, heureuse de le revoir en bon état.
En ce moment ici, on recherche des ouvriers métallurgistes, il en part tous les jours pour aller faire des canons et des obus pour désinfecter un peu les lignes des Boches.
J’ai retrouvé ici un copain avec qui j’avais fait mon service, il a été blessé le même jour que moi mais est resté 8 jours prisonnier des Boches avant d’être délivré par les nôtres. Il avait été dans le patelin où j’étais aussi, mais est parti sur une voiture de paysan, le jour où je suis arrivé à 1h du matin dans ce patelin, j’ai pleuré pour monter avec lui et n’ayant plus de place, j’ai du attendre au lendemain matin. A peine sorties du pays les 2 voitures emmenant les blessés se sont fait prendre par une Cie bavaroise et ils sont restés 8 jours à Clermont en Argonne. Je l’ai échappé belle sans m’en douter. Je suis bien heureux que ma petite mère ait repris contact avec la Comête, l’Oncle doit sûrement être heureux de savoir son gendre prêt à aller écouter la musique un peu moins harmonieuse que celle du violon. Les Crispis avancent un peu, et je crois que d’ici peu il y aura une grande action de leur coté. Monsieur Drault et certaines de mes clientes m’écrivent souvent pour me mettre au courant des choses et potins de la capitale.
Vivement la fin et le retour que nous reprenions nos anciennes habitudes et pensions à autre chose qu’à aller tuer ou se faire tuer.


Recevez chers parents mes affectueux baisers à partager avec Grand-mère et la Tante.
Votre fils qui vous aime.


P. S. toujours amateur de pêche, je me suis envoyé dimanche un brochet de 4 livres avec les copains, pris au vif avec une ligne faite par la main de l’homme. De temps en temps une bonne Tanche avec des girolles.
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Confolens le 15 Juillet 1915
Chers parents.
Je vous remercie beaucoup quoique un peu tardivement de votre lettre et de son contenu (mandat de 20 francs). Je suis bien heureux de savoir ma petite mère la pipe un peu moins nerveuse, la société du père la pipe à ses cotés ne peut être que salutaire, surtout quand des promenades par un beau temps sont exécutées. Je regrette que Papa n’ait pu garder sa place qui me paraissait être bien comme conditions. J’espère que le moment venu, il puisse trouver du travail dans de bonnes conditions. J’ai eu des nouvelles de Félix et de Maurice, mais pas d’Emile depuis quelque temps. Notre 14 Juillet a été très calme, nous étions libres, mais ici il n’y a presque rien, que des hommes du Nord ou des Ardennes qui n’ont pas le caractère à s’amuser en ce moment. Rien de neuf pour moi. Je passe le 2 Août devant la commission des 3 médecins, mais il n’y aura rien à faire pour la réforme, j’attends la décision de ces messieurs. A chaque instant il y a des changements pour nos états et je voudrais être fixé et ne plus rester dans l’incertitude. Le cousin Ernest m’a écrit ces jours-ci et me dit qu’il s’occupe de moi pour me caser ou me faire caser dans un emploi où je serai plus utile qu’ici. Je lui avais écrit en ce sens et je suis bien content qu’il ait accepté, s’il peut réussir, je m’ennuierai beaucoup moins qu’ici. J’espère que les santés sont toutes bonnes.
Bons baisers à grand-mère et à Tante. A ma petite mère la pipe et à mon père affectueux baisers.
Votre Jeantou



Confolens le 28 Juillet 1915

Chers parents.

J’ai eu de vos nouvelles par Maurice et j’ai été bien heureux de savoir que ma petite mère se porte mieux. Vous avez du être bien content de retrouver votre Biquet bien portant et toujours content de son sort. J’ai fait par l’intermédiaire du cousin Ernest une démarche pour tacher d’aller le retrouver. J’aimerai mieux être avec un de mes frangins si je dois retourner au quadrille . Je pensais changer de Cie après la dernière visite du major, mais il m’a laissé encore ici en me disant de ne plus me servir de canne. Je marche en boitant un peu mais je vais bien. Je ne passe pas la visite des trois majors. J’aime mieux cela, j’aurai plus de chances pour rester encore un peu plus longtemps ici et savoir ce que devient la démarche dont je parle plus haut. Je ne me fatigue pas beaucoup, mon travail consiste à surveiller la corvée de lavage tous les jours. J’ai de bonnes nouvelles de tous nos poilus et j’espère que si l’un ou l’autre vous fait la surprise de sa visite, venir vous rejoindre pour 48 heures au moins. Nous viderons une bonne bouteille ce jour là, hein mon père la pipe ! Nom d’une pipe en bois. J’ai eu des nouvelles de ma marraine qui est à Bergnières , la Tante ne se trouve pas très loin de son séjour. Je reçois à chaque lettre du cousin Ernest des compliments pour vous. Rien de nouveau à signaler. J’ai pris pour mon Dimanche une carpe de 2 livres et demie qui était épatante, cuisinée par moi-même. Le Jeudi j’en avais pris une plus belle encore, mais ce sont les sous- off qui l’ont mangée.
Je souhaite que mon petit mot vous trouve en bonne santé. Bonjour à la Comête et à ses habitants. Une bonne bisette à Grand-mère et à la Tante.
Pour vous mes plus affectueux baisers.
Votre Jeantou.

Confolens le 7 août 1915

Ma chère Maman.

Je te remercie de ta bonne lettre et de son contenu, mais il faut que je te gronde de m’avoir envoyé un mandat : Pourquoi, Je n’en ai pas besoin, je ne dépense pas grand-chose ici, tu as cru bien faire, mais j’ai peur que tu te prives de quelque chose pour moi. Si j’avais besoin de quoique ce soit je te le demanderais. Je vais partir tout à l’heure à Paris pour 48 heures voir Mimile, je serai heureux de l’embrasser, je verrai aussi mon grand Biquet. J’ai eu des nouvelles au sujet de la demande faite par le cousin Ernest pour aller le retrouver, rien à faire. Ne te fais pas de mauvais sang au sujet de Félix avant de savoir ce qu’il est devenu, il peut avoir changer de secteur et ne pas avoir eu le temps de donner de ses nouvelles. Il est peut être prisonnier et bien portant quand même, il y a tant de cas à prévoir. Je te dis, ne te fais pas de fausses idées avant d’avoir des certitudes. Si j’ai de ses nouvelles je te le ferai savoir. Sa dernière carte était du 16 Juillet. Je suis bien heureux de te savoir en meilleure santé, continue à te distraire par des promenades au bras du père la Pipe. Vivement que nous puissions trinquer un bon coup tous réunis, quelle foire ! Je vais bien maintenant. J’ai passé la visite hier et je reste à la Cie mais je commence à me servir du fusil pour faire l’exercice. Je suis ici au moins encore pour un mois ou deux. J’espère que d’ici là il y aura du nouveau pour tous. Je pense que ma carte vous trouvera tous en bonne santé. Je te charge de faire de bonnes bises au père la pipe, à Grand-mère, la Tante.
A toi mes plus affectueux baisers.
Ton Jeantou qui t’aime.

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Lettre datant de la fin Août ou du début Septembre 1915
Ma chère petite Maman.

Je te remercie de ta bonne lettre ainsi que du petit brin de bruyère qu’elle contenait. J’ai eu de tes nouvelles par Emile et par Papa et je suis heureux de savoir que tu vas de mieux en mieux.
La présence d’Emile a du te faire beaucoup de bien, j’aurai bien voulu venir pour 48 heures mais nous sommes tenus ici avec une sévérité reconnue …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
Quille chez moi, tu verras ………………tu ne t’ennuieras pas dans mon petit sixième, j’ai une concierge très gentille et elle se fera un plaisir de vous rendre service si vous avez besoin de quoique ce soit. Tu seras près de la famille et je suis persuadé que le changement de vie avec un peu plus de distraction te fera énormément de bien. Quand tu partiras, laisse donc tes papillons noirs à Chamalières, et viens à Paris, d’esprit bien dispos. J’ai eu des nouvelles de Félix, tu as du pouvoir bavarder longuement avec son copain qui est à Royat, tu vois ma petite mère qu’il ne faut jamais désespérer ; Je te disais qu’il était peut-être prisonnier sachant, par expérience, les cas si différents qui peuvent se produire pour amener la disparition d’un homme dans un combat. Emile et Maurice vont bien aussi. Moi j’ai passé une visite il y a 8 jours devant un conseil de réforme, mon état est déclaré chronique et je suis inapte 1 mois en attendant qu’on me constitue un dossier pour la réforme avec pension. Je crois que j’aurai bien du mal à me remettre tout à fait, mais je ne me fais pas de mauvais sang.
Pour l’instant j’ai deux majors doux, quel changement avec celui que nous avions, il est parti par punition aux Dardanelles et nous étions heureux de le voir partir. Je reçois de bonnes nouvelles de mes camarades de régiment qui plus veinard que moi se battent encore. Le glorieux 165ème a eu dernièrement une récompense que beaucoup de régiments peuvent envier. Après plusieurs citations du régiment entier, on vient de lui confier la garde du drapeau d’un régiment qui n’a pas fait son devoir et auquel on a enlevé ce trophée. J’ai de bonnes nouvelles de Madame Pignol et je lui ai transmis tes remerciements. Elle va de temps à autres à Paris et je lui ai dit qu’au cours d’une visite dans la capitale, elle pourrait aller voir Papa à son rayon. Tu pourras aller voir Madame Mesguières et causer avec elle, elle est très gentille ainsi que sa petite Yvonne et son fils Gaston. Vivement que nous ayons le bonheur d’être tous réunis, je crois que ton Jean lapin se cuitera pour la circonstance après la victoire. En attendant je t’envoie ma chère Maman, mes plus affectueux baisers.
Ton fils qui t’aime.






Confolens le 7 Septembre 1915

Chers parents,
Je vous remercie bien de votre dernière lettre et de son contenu. Je l’ai eu Dimanche matin en retard, je ne sais pas pourquoi. J’ai eu des nouvelles de Félix par une lettre qu’il a écrite à Paulette. Il ne peut pas m’écrire au Régiment. Je suis bien content de savoir que ma petite mère va mieux, si je peux m’échapper 48 heures j’irai vous embrasser. Pour l’instant nous avons un commandant qui refuse tout pour être certain de ne pas faire de jaloux. J’espère que mon petit mot vous trouvera en bonne santé, je suis changé de catégorie depuis Vendredi, je suis dans la 2ème catégorie où sont les moins amochés, je resterai là encore un bon moment avant de passer dans une Cie d’aptes pour partir sur le front. Emile va bien, d’après sa dernière carte. Maurice aussi se plait toujours dans son bataillon. J’ai trouvé pour Félix une marraine qui se chargera de lui envoyer des colis très souvent, c’est une personne de Marseille qui déjà quand il était sur le front lui faisait des envois assez régulièrement. Je suis employé au service postal jusqu’au 15 Septembre. Après je ferai l’exercice. Je ne me contente plus de la pêche et avec mon adjudant, nous allons la nuit chercher des perdreaux ou des lapins avec une lampe à acétylène, pas de bruit, pas besoin de fusil et on gagne bien son déjeuner. Je ne me fais pas de mauvais sang puisque nous sommes tous en bonne santé. Il y a eu 1 an hier que j’étais touché et à l’heure où j’écris, j’étais en train de contempler le paysage et d’entendre les marmites siffler autour de moi. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas heureusement.
Bon baisers à tous les habitants du 5 et du 6 rue d’Assas.

Votre fils affectueux.




Chers parents.

Je suis heureux d’avoir reçu une carte de Félix ; Je lui réponds et espère qu’il sera content de me lire. Je n’ai pas de grandes nouvelles à vous annoncer. Une carte d’Emile m’a fait savoir qu’il était venu vous voir pour quelques jours. Maman a dû être heureuse de pouvoir causer avec lui. Il a été à Paris pour revoir sa petite Suzon. J’ai passé une visite Vendredi par un conseil de réforme N°2. J’ai été reconnu inapte encore pendant un mois, je n’ai pas eu de chance, le major qui m’a présenté m’aurait connu un peu plus, j’étais réformé ou mis dans un service auxiliaire. Enfin le mois prochain j’aurai peut- être plus de chance. Je vais me débrouiller pour qu’il me mette en observation et le jour de la visite il pourra expliquer mon cas devenu chronique d’après lui et la commission. J’ai eu des nouvelles de l’oncle Duval hier, la santé de la Tante laisse beaucoup à désirer. Maurice va bien d’après sa dernière carte. Je voudrais bien que Maman regarde si je n’ai pas laissé quand je suis venu un passe montagne avec un chandail, je n’en ai pas besoin encore mais si je dois changer de cantonnement, je n’aurai pas trop chaud la nuit.
L’Oncle m’a parlé que Papa avait fait une demande pour entrer au Bon Marché. Je souhaite que cela réussisse, tu sauras toujours où aller coucher. Si tu veux être tranquille, j’écrirai à ma concierge ou à Maurice pour qu’il donne un sérieux coup de torchon, et cela te permettrait d’être chez toi. Enfin je serais heureux de savoir ce que tu comptes faire. J’espère que ma petite Maman va bien mieux maintenant. Qu’elle ne se fasse plus de mauvais sang puisque nous sommes tous à l’abri pour l’instant.
J’espère que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé, à chacun j’adresse mes plus affectueux baisers.
Votre fils affectueux.

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